‹ Œuvres de CoquillartChapitre 8 sur 167 · SUR COQUILLART. „ CV · texte numérisé non relu

SUR COQUILLART. „ CV

les autres. Il travailla d'ailleurs plus qu'il n'avoit jamais fait; il évita les négligences de style, suivit et développa plus complètement ses idées , enveloppa son cynisme habituel d'un triple voile, sans rien perdre pourtant de sa vivacité, de sa franchise et de son naturel. Il dut être singulièrement applaudi, et cette verve, ce charme dans les détails, cette invention gentille, cette forme joyeuse, facile et légère, pouvoient plaire aux deux sortes d'écrivains qui se partageoient alors la Cour, aux fins et aux délicats comme aux amoureux de la grosse gaieté; à ceux qui, tournés encore vers le Moyen Age par Louis XI et les Cent nouvelles, se rattachoient aux Trouvères, à ceux-là aussi qui pressentoient déjà la Renaissance et présageoient François 1er.

On connoît encore de lui quelques Ballades qui n'ont guère de caractère. Pour moi, je lui attribuerais volontiers les œuvres anonymes attribuées à Villon; la coupe des vers, la tournure du style, bien des expressions et une certaine harmonie propres à Coquillart, — tout cela, joint à quelques détails caractéristiques, m'a à peu près persuadé que ces ouvrages pouvoient être de lui « .

i. Nevizan dans sa Sylva Nuptialb, Hotmail dans \tMatago de Matagonibus, La Croix du Maine dans sa Bibliothèque, le Guide des Arts et des Sciences et Promptuaire de tous livres, lui attribuent deux ou trois pièces sans apparence de raison ; mais il est probable que le poète de Reims pourroit bien revendiquer quelques-unes de ces petites œuvres vives

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La comédie humaine à la fin du XVe siècle.

Nous connoissons le Poète ; pénétrons dans son œuvre et demandons-lui quelle étoit cette société corrompue qui devoit enfanter l'âge moderne.

Le Dieu de ce monde au milieu duquel nous mène le Poète bourgeois , tfest nécessairement l'Amour, — non point cet Amour des temps chevaleresques, l'Amour au cœur de lyan, au cœur d'aignely héroïque au milieu des aventures' guerrières , ailleurs humble , doux et courtois , sensuel sans doute , mais fidèle jusqu'à la mort. Iseult la blonde et la belle Maguelonne, la douce Grisélidis, sa sœur passionnée la châtelaine de Vefgi, et toutes leurs gracieuses compagnes, se sont endormies au départ des chevaliers de la dernière Croisade , et peut-être attendent-elles , pour se lever, le retour si long-temps espéré du

et satiriques qui pullulent vers la fin de ce siècle. Nous pourrions citer, dans le Recueil des anciennes poésies françoises, publié dans cette Bibliothèque elzevirienne, plusieurs morceaux qui semblent avoir des droits sérieux à être signés de son nom. Nous aurons occasion de revenir là dessus à la fin de ee premier volume, et dans le courant du second nous indiquerons les pièces de ce temps qui se rapprochent le phis des œuvres authentiques de Coquillart.

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roi Arthur et de l'enchanteur Merlin* Marot ; avec sa poésie gentille, essaiera de réveiller les plus légères de leurs sœurs- , et sans doute elles étoient dignes d'entendre la divine musique de Ronsard, le Roi des poètes; mais ce n'étoient point là les amours qui avoient frappé Coquillart. Il n'avoit pas non plus vu paroître encore cette sorte de misérable passion qui constitue la poétique des amants de ce temps-ci ; il n'eût point compris ces sophismes qui se trempent si laborieusement dans les larmes pour briller au soleil de la rhétorique , et il eût singulièrement raillé cette fièvre d'impuissance qui descend jusqu'au suicide pour y chercher une preuve de vigueur. Ce qu'il nous montre, c'est ce qu'on peut appeler l'Amour bourgeois, l'amour des dimanches de la Bourgeoisie ; c'est le sensualisme gaillard des jours de fête dans la cité joyeuse; c'est le sentiment dans sa plus matérielle acception,, brutal et grossier, naïf et franc dans sa brutalité , plein de vie, de naturel et de tapage, au milieu de sa corruption; c'est l'amour de ceux-là qui ont hâte de jouir : pressés qu'ils sont entre le travail de la semaine qui vient de finir et le travail de la semaine qui va commencer, ils n'ont pas grand temps pour la coquetterie ; ils n'ont ni le loisir ni le repos d'esprit qui laissent mûrir la poésie du sentiment; tout au plus ont-ils la poésie des sens, celle qui apporte l'ivresse et la volupté par les tendres et les brillantes couleurs, par le froissement du ve-

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Jours et de la soie, par le cliquetis de l'or et des bijoux , par le bruit des chansons joyeuses et des verres vibrans. Pour ces fêtes, les nouveaux élégans de la bourgeoisie quittent le foyer domestique, mais ils le quittent un seul jour. Corrompus, pourtant honteux encore, ils entendent la famille qui les appelle et qu'ils vont rejoindre ; il faut que le plaisir soit emporté séance tenante et que la coquetterie abrège fort ses cérémonies. Avant la fête suivante, le foyer domestique aura peut-être converti ces transfuges à sa douce gravité.

C'est bien là, du reste, la passion distinctive de ce XVe siècle, qui est déjà assez sorti du Moyen Age pour avoir rencontré l'effronterie de la corruption, qui n'est pas assez entré dans le monde moderne pour avoir osé chanter la poésie de la débauche. Cet amour leste et grossier, ce mépris de la femme, railleur, franc, plein de bonhomie, mais implacable et sans ménagement, étoient bien dans le caractère de la Bourgeoisie d'alors. Sans cesse en contact avec le peuple, éloignée par l'activité de sa vie de ce poli de civilisation que donne le loisir, cette Bourgeoisie du XVe siècle avoit gardé assez intactes les qualités propres au génie du populaire François ; une fois hors de la vie de ménage , elle étoit volontiers, dans ses ébats, brutale et grivoise. Privée de l'éducation chevaleresque , elle ne respectoit pas la femme en tant que femme , mais en tant qu'elle

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