‹ Œuvres de CoquillartChapitre 87 sur 167 · En les accablant de brocards, en ne les prenant pas · texte numérisé non relu

En les accablant de brocards, en ne les prenant pas

102 COQJJILLART.

Et qui tiennent tant de la lune ' ?

Qu'ilz vallent ung deraj croissant 3 .

De ceulx qui songent les merveilles, Que on appelle les maistres Jehans* ?

Mais qu'ils ayerït bonnes oreilles 4, On les présume habilles gens.

De ceulx qui vivent de la menne Du ciel, qui mordent en la grappe J?

an sérieux, peut-être en les représentant, en les raillant dans les Farces.

î . Et de ceux qui tiennent tant de la lune ? Sous-entendu : qu'en direz- vous ? Tenir de la lune, expression fort usitée dans le sens de : être inconstant , léger, écervelé.

2. Peut-être est-il fait allusion ici à l'ordre du Croissant, ordre assez ridicule que René d'Anjou venoit d'instituer, en 1664, à Angers. Peut-être Coqnillart songet— il à une nouvelle monnoie établie en 1475. « Lesamedy vingt troisiesme jour dudit mois de décembre, dit Jean de Troyes , fut ordonné que on feroit des autres escus d'or qui auroient un croissant au lieu de la couronne qui estoit es autres escus. »

3. Estre maistre Jehan en quelque chose, être expert, passé mattre en cette chose, expression proverbiale : nous l'avons déjà rencontrée. Notre poète n'est pas homme à négliger le jeu de mot maîtres gens*

4. Pourvu que leurs grandes entreprises ne les aient pas menés à laisser leurs oreilles entre les mains des bourreaux. Un grand nombre de délits étoient punis de la perte des oreilles.

$ . Mordre à la grappe, expression proverbiale qui signifioit paraître toujours prêt à agir. Il faut entendre ici sans doute des paresseux , gens de loisirs , vagabonds ,

Droits nouveaux. 103

Ce sont bons frirons 1 en garenne, Il n'y a riens qui leur eschappe.

De noz gentilz hommes d'honneur 2 Qui n'ont en tous temps q'une robe?

Hz en ayment fort la couleur, Et ont peur qu'on ne leur desrobe K

D'homme d'armes qui par vaillance Tient en son hostel garnison ?

Je le tien une doulce lance Pour prendre d'assault sa maison.

D'ung qui, de peur d'estre lavé, Se tient à part sur les rencz4 ?

oisifs, faisant beaucoup de besogne en parole. M. Tarbé pense que la manne signifie les bénéfices ; cela est possible, et, en tout cas, ingénieux. Il n'explique pas l'expression mordre à la grappe, qui alors auroit , mais contrairement au sens reçu , la même signification que notre locution : prendre part au gâteau.

1 . Furets. — 2. Coquillart appelle avec ironie ces pauvres sires prétentieux des gentilshommes honoraires.

}. C'est pour cela qu'ils la portent toujours.

4. D'un homme d'armes qui, de pleur d'être exterminé, se tient loin de la bataille, ou, de peur d'être mouillé, rase prudemment les maisons, ou, ce qui me parott le meilleur sens , de peur d'être levé pour l'arrière-ban , se car che. Il est probable qu'il y eut un peu de tout cela à l'état d'embryon de calembour dans l'esprit de Coquillart ; il faut ajouter encore que se tenir sur les rangs était une expression proverbiale signifiant s'exposer à la raillerie.

On présume que le pavé

Luy semble plus doulx que les champs* .

De femmes qui monstrent leurs sains , Leurs tetins, leurs poictrines froides* ?

On doit présumer que telz sainctz Ne demandent que chandelles roides.

D'une qui se fourre en ces trous * Sur le soir, quand la Lune luyt ?

Elle chasse les loups garous 4 Et les chassemarées s de nuyt.

Femme qui ayme le lopin *, Le vin et les frians morceaulx ?

i . Il aime mieux se promener que livrer bataille.

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