‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 15 sur 157 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ÉRIXÈNE, ISMÉNE.

ISMÈ5E.

lYJL ADAME, en ce palais pourquoi toujours errante ?

ÉRXXÈNE.

Lieux cruels, soutenez ma fureur cliancelante; Lieux encor teints du sang qui me donna le jour, Du tyran de la Crète infortune' séjour, Éternels monumtnts d'uiie douleur amëre; Lieux terribles, te'moins de la mort de mon père; Lieux où 1 on m'ose offrir de coupables amours. Prêtez à ma colère on utile secours:

Relracez-moi sans cesse une triste peinture ; Contre un bonteux amour défendez la nî^re.

O toi quiVois Irf f eine où ce feu me réduit, Venus, suis-je d'un sang que ta haine poursuit ? Ou faut-il qu'en des lieux remplis de ta vengeance Les cœurs ne puissent plus brfder dans l'innocence ?, Laisse au sang de Minos ses affronts, ses Horreurs ; Sur ce sang odieux signale tes fureurs :

IDOMÉNÉE. ACTE II, SCÈNE II. 19 Laisse au sang de Minoa Phèdre et le labyrinthe, ■ Au mien sa pureté saxi^ tache et sans atteinte.

ISMÈNE

Madame, (piel transport ! <pi'entend8-je! et quel discourt ! Quoi I vous vous reprochez de coupables amour^ !

Tout reproche \ mon cœur le feu qui me dëvore ;

Je respire un amour que ma raison abhorre.

De mon père en ces lieux j'ose trahir le sang ;

De mon père immolé je viens rouvrir le flanc ;

A la main des bourreaux je joins ma main sanglante ;

Enfin, ce cœur si fier brûle pour Tdamantc.

ISMÈSE.

Vainqueur de votre père. . . .

Ismène, ce vainqueur Sut sans aucun effort se soumettre mon cceur. Je me défiois peu de la main qui m'enchaîne , Ayant tant de sujets de vengeance et de haine ; ^i qu'ldamante en dût interrompre le cours , Avec tant de raisons de le haïr toujours; Comptant sur ma douleur, ma fierté, ma colère. Et, pour tout dire enfin, sur le sang de mon pcrc ; Et mon père 0n mes bras ne faisoit qu'expirer. Lorsqu'un autre que lui me faisoit soupirer.

A des yeux encor pleins d'un spectacle efiroy«ible Maniante parut, et parut trop aimabie.

aujourd'hui miême encor l'amoiu- a prévalu :

<^ allois céder, Ismène, ou peu s'en est fallu.

ao f D O M É N Ê E.

Quand le prince m'a fait le récit de sa flaxmue, Il entrainoit mon cceur, il sédaisoi| mon ame : Déjà ce foible cœur, d'accord avec le sien , Lui pardonnoit un feu qu'ai||orise le mien; Des pleurs que j'ai vetses prête à lui faire grâce, Mon amour m'allioit aux crimes de sa race :

Près de ce prince, enfin, mon esjprit combattu, Sans un peu de fierté*, me laissoit sans vertu ^ Et lorsque ma raison a rappelé ma gloire.

Dons le fond de mon cœur j'ai pleuré ma TÎctoire.

ISMÈNE

Votre cœur sans regret ne peut donc triomj.lisr D'un feu qu'en sa naissance il faUoit étouffer ? Ah ! du moins, s'il n'en peut domter la violence, Faites à vos transports succéder le silence.

ÉmX ENE.

Si je craignois qu'un feu déclaré malgré moi

Dût jamais éclater devant d'autres que toi, ,

Dans la nuit du tombeau toujours prête h. descendre,

J'irois ensevelir ce secret sous ma cendre.

Quoiqu'à mes yeux peut-être Idamante ait trop plu.

Il me sera toujours moins cher que ma vertu;

D'un amour que je craîns il aura tout à craindre :

Avec nia baine seule il seroit moins à plaindre.

]?7en, mon père, ton sang lâchement répandu

A tes fiers ennemis ne sera point vendu; s

Et le cruel vainqueur qui surprend ma tendresse

Ajoute h ses forfaits celui de ma foiblesse.

Je saurai le punir de son crime et du mien. . . .

Le roi paroît. . : . Fuyons u^ fôchcux entretien.

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