NOTICE SUR CRÉBILLON
Jt RospER JotTOT DE Cbébiliopt naquît le i3 févriier 1671, à Dijon, l'une des tUIcs de la France qui s'enorgueillit d'avoir produit le plus d'écrivains illustres. Nous ajouterons, pour ceux qui, en assez grand nombre encore , prennent de llntérét aux généalogies, que deux hommes de son nom avaient été anoblis en 144^ par Philîppe-le-Bon-.
Il fit ses premières études chez les jésuites, alorf en possession de donner des confesseurs aux rois et d'élever une grande partie de la ieunesse.Ges institu* tenrs, dans la vue peut-être d'attirer au sein de leur société ceux de leurs élèves qui pourratent l'honorer par des talents, en tenaient un registre exact; où, à côté de chaque nom, était écrite une appréciation rédigée en latin. La note dbCrébillon était: Puer ingeniosus , 3ed inslgn'ts nehulo: enfant spirituel /maïs insigne vaurien. La première partie de ce jugement doit être regardée comme un horoscope qu'il a parfaitement rempli : la seconde pourrait bien prouver seulement qu'il avait découvert ({uelque ridicule ou quelque petit défaut dans ses juges.
La nature voulait qu'il fôt poète. La tyrannie a* l'usage, l'ambition de son père, sa propre dociHté, le cohtraignirent d^abord à l'élude de la'
Crébillon. x. a
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jurisprudenc^rBientôt il fut enfermé dans le cabinet d'un procureur de Paris appelé Prieur. Heureusement ce procureur avait su franchir les étroites limites de son état; il était fils d'un homme qui avait mérité que Scarron lui adressât une épître où il lui accorde un éloge qui n'est pas fréquemment mérité par ceux de cette profession ; il le loue de ne pas faire vite saxe usure du talent de son écrituile.' Prieur s'aperçut bientôt qu'en s'obstinant k disputer son jeune clerc à sa véritable vocation il ferait un Tol réel à la poésie , sans aucun profit pour la chicane. Il osa joindre ses conseils à ceux que Gré^illon recevait de *o» propre génie, et CrébUlon fat poëu tragique.
La Mort des ehfajïts d^ ^rutus fut le premier sujet qui occupa sa muse e.ncore trop timide e^ trop défiante.'^ Cette tragédie , . lue aux acteurs de c« temps- là, fut rejeté^ par un aréopage de qui les jugements, qu'i^ soient bons ou mauvais, rea semblent presque toujours 9> de la prévention. Bé courage par un refus dont aucune expression dei bienveillance n'avait adouci la rigueur, il fit un ser-, ment qui fut heureusement violç par U coinposition! d'InoMÉirÉE.'' Le succès dç cette pièce , quoiqu'inr^ complet f le réconcilia avec le théâtre, et même avec Prieur, dont il avait été,' dans son n^ajjbeur; tenté d'accuser les conseils^ Le cinqiM^DQ^e acte a^ant été accueilli peu favorablement , il en composa uo, autre avecimc promptitude qui prouva uné'fécon-' dite et surtout une docilité qui, par la suite, ne s*est jamais démentie. Le récit de la première scène ,
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écrit, à la rorité , d'un stjlé incorrect , contient dé grandes beautés poétiques.
La tragédie d'ÀraiE et Trtist)e marqua les progrès de notre autenr d'une manière sensible. Lé sujet en est ^lus atroce que tragique. La haine in- Tétérée et,' pour ainsi dire, intarissable d'Atree j est produite sous des couleurs énergiques et vraies qui contrastent mal avec le caractère douceredx et Tamour subit de Plisthène. L'horreur du cinquième acte , qui alors ne fut pas supportée , n'a pu trouver depuis des spectateurs plus indulgents, ou* si l'on veut, plus forts. Au reste, cette production mérita de justes et universels éloges à son auteur. Prieur,' qui, attaqué d'une maladie mortelle, s'était fait porter k la première représentation d'AraiE , alla sur le théâtre chercher son ami ; et Tcmbrassant avec transport : Je meurs content, lui dit-il,
JE VOtTS AI FAIT POETE, ET JE LAISSE UV HOMME À LA KATIOir.
Accusé de donner à ses tableaux une physionomie trop sombre , Grébillon , quoiqu'à regTCt , trempa ses pinceaux dans des couleurs moins noires pour peindre cetteJÊlcctre dont Sophocle lui avait laissé un si beau modèle. Mais dédaignant mal-àpropos de marcher sur les traces de ce grand maître dans l'art dramatic^*le , il s'éloigna de sa noble et touchante simplicité en surchargeant soh dr^ame d*un double amour qui fait languir les premiers actes, et qui fut réprouvé par le judicieux Despréaax. Cependant beaucoup de vers heureux, la bi^auté du caractère d*Électre et du rôle de Palamède,
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imposèrent silenceauxtsritiqueA, ou en balancèrent
avantageusement la justice.
Le plus beau^ et, suivant quelcpies juges très sévères, le seul titre de Gre'billon à la véritable gloire, c'est Rhadàmisthe. Profondeur dans les conceptions, grandeur dans les caractères^, tout s j trouve soutenu d'une éloquence, d'une énergie, et presque toujours d'une correction de style dont il n'a fait preuve que cette fois à un si haut degré. Son Pharasmacie , aussi ennemi des Romarins que le Mithridate de Racine , exprime sa haine en termes plus mâles et Qon moins poétiques. Crébillon avait pris plaisir à mettre dans la bouche de ce roi d'Ibérie sa propre opinion sur c«s républicains TTaAjrs de l'univers.' L'exposition de cette pièce est compliquée, obsr cure, et très médiocrement écrite; tant il est vrai que le stjle suit toujours la pensée ,' ou plutôt , qu'il ne fait qu'un avec elle. Boileau, dans sa der-. nière maladie^ ajant entendu seulement la lecturo des deux premières scènes, porta un jugement qu'on a voulu faussement étendre sur l'ouvrage entier. Il en eût à coup sdr senti les beautés , s'il l'eût écouté jusqu'à la fin, quelaue surcroit que la' mauvaise disposition de^fton corps eût ajouté à sa rigueur accoutumée.
Les arts ^enfants de • l'imagination, étendent rarement leurs bienfaits jusque sur la vieillesse de ceux dont H» ont le plus favorisé le jeune âge. Après s'être surpassé, et comme épuisé dans RuA» AAMisTRE , Crébillon ne conserva de ses premiers talents qu'une monotone £écondité. Oa.ne trouva
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dans Xeaxès qu'ui> roi bon jasqu'à la foiblesse , confiant jusqu'à l'impf udenee ; et dans Artaban qui le yeut détrdner , qu'un scélérat malhabile' à force d'être entreprenant , entouré de difficultés . qa*il n'a pas su prévoir, et de conjonctures favo-! râbles dont il ne sait pas profiter.
SÉMUiAMis obtint un plus grand nombre de représentations, mais point assez pour accoutumer les /eux au spectacle d'une mère qui s'obstine dans l'amour que lui a inspiré son fils qu'elle ne con- naissait pas , lors même qu'elle yieàt d'être force* de le reconnaître pour tel.
Voulant s'accommoder au goût, ou, comme il le disait) à la faiblesse du public , Grébillon ,' dans Ptbrhus, revêtit Melpomèue d'ornements moins lugubres ; il lui 6ta jusqu'à son poignard. Personne^n effet n'j meurt. Il dut être content du suc* ces de cet ouvrage, qu'il appelait une ombre de tra* gédie. On lui tint compte de la violence qu'il s'était faite pour ne pas ensanglanter la scène.
Trop docile aux instances de quelques amis peu téfléchis, il acheva sa tragédie de Gati^ut^^ promise as public depuis vingt ans , et qui contenta diffici' Icment unetrtfp longue attente. Il sentit lui-même que pour faire ressoitir davantage Gatilipa, à cpii il prête des projets et surtout des prétentions exa* gérées, il avait trop rabaissé le caractère deCicéron. Pour réparer cette faute , et k l'instigstion d'uao puissante protectrice qui eftt mieux servi la g^jt^re de Grébillon en le récompensant de ses travaux «nciens qu'en lui en consMllant de nouveaux, ^1