X . NOTICE
entreprît le Triumvirat. Sa nmse octogénaire n« recueillit de ce dernier ouvrage que des marqites de respect, que le public peu reconnSissatit n'accorde pas toujours à ceux qui, avec le désir de lui plaire , n'en ont pas conservé les inojens.
Pendant le temps qui tétait écoulé entre la tragédie de XERxis et celle de SémirAMis, il en avait entreprû une de GiioMWEi.1 cet hjrppcrite ambitieux qui-n'appela se» concitoyens à la liberté que pouv 'devenir leur maître, et qui les força à se reposer 'dans lel îùtBï6 de gouvernement qu'il leur avait fait proscrire. Il j peignait avec tant <d'énergie la baîne des Aôglais pour le pouvoir arbitraire, il j faisait sentir avec tant de cbaleur les avantagea de la liberté fondée sur les lois , qu'on pcusà que la représentation en serait dangereuse poUr un peuple qui n'avait jamais eu d'dutre sauve-garde contré la ^rïtnnie que la triodération assez constante dé ses rois. Il reçut une défense de continuer sa pièce ; défense k laquelle il se soumit , et qui dut raffermir dans l'aversion qu'il eut foute sa vie pour toute espèce d'àutorifé absolue. ,
Une préveriti(>fl olttrée pour Crébillorïj bicii Tfloinséncore qii'une jalousie àvetfgle contre ce Voltaire k qtfi les Fréronâ d'aujQilrd'htti cQhtestciit encore ses succès j' oherôhal k mettx^eti ôpposilion ces deux écrivain».' L'auteur de ZAÏRE senfit l'injïttîice qu'on lui faisait en lui présentant Conijné vâiinqiieUr celuidont Û se jugeait digne d'êttë ait tnoinë le rivdî.' Il osa reproduire sur la scène plriM^its âeë pèrsoilnagei que Ctébillon f avifît fait âppl«ûdît ; et c6mm«
SUR CREBILLOW. xi
il sut Joindre k rintërêt qui captive au théâtre, le style qui charme h la lecture , le temps lui a assuré la victoire. Ce fut Crébillon lui-même qu'il demanda pour censeur de la tragédie d'OnESTE ; il en reçut cette rcponâé aussi affectueuse que mesurée : « J'ai été content, lui dit lé cehàeuV^ du succès de mon Electre , )û souhaite que le frère vous fasse autant d*honneur que là sœur m'en a fait. »
Crébillon, loin de se prêter au zèle quelquefois indiscret de l'amitié, n'accepta jamais les petits services qu'elle s'empresse souvent d'offrir ou d'accorder à ramoiir-propre des auteurs. Quelqu'un lui de*, mandant dés billets pour la première représentation deCATiUNA:« Vous savez bien, lui dit-il, que je ne veux pas qu'il j ait personne dans le parterre qui se croie obligé à m'àpplaudir. » Aussi, lui répondit son ami, ce n'est pas pour vous faire applaudir que je vous demande ces billets ; soyez sAr que ceux à qui je les donnerai seront les premiers à siffler la pièce si elle le mérite. En ce cas, réy ondît Crébillon, vous en aurez. .
Soii entrée à l'Académie française en 1 781 fut msrqu^e par une innovation, qui aurait dû commencer J)lutôt, et dont on ne pouvait que lui savoir gré. Il fit son discours de réception en vers ; mais n'usant pas du pfivilège tout entier, il se borna à revêtir de formes poétiques les expressions de re<: connaissance et les éloges d'usage, qui avaient tant de fois yetenti dans de pareilles circonstances. Lorsqu'il prononça ce v^rs ,
Aacna fiel n'a jamaii empoisonné ma plume,'
la NOTICE
des applaadiMements sans tt ombre conGrmèreiit (« témoignage qu'il se rendait à lui-même. Sans donte on ayait alors oublié, oU peut-être n'avait-on jamais su y qu'H eût dans sa jeunesse composé une satire ^ où , 90US l'emblèmede divers animaux^ il dépeignait assez bien le caractère et les ridicules de <pielques auteurs de son temps.. Au reste, il'n'autoinsa jamais par ses conseils une erreur ou une jusfice dont il se repentait sans doute d'avoir donné l'exeiàple. Un jeune poëte vint un jour le consulter sur une satire qu'il avait composée. Il l'écouta tranquillement; et quand sa lecture fut achevée, Jugez, lui dit-il, combien ce malheureux genre est facile et méptis^ble , puisqu'à votre âgQ. vous y, réussissez.
Les romans, et surtout ceux de La Calprenède , étaient sa lecture favorite. Il disait en avoii^ tirc^ d'utiles ressources pour la composition 4e ses tragédies.' C'était là, sans doute, qi^'il avait puisé le goût pour les déguisements de personnages , moyen trop fréquemment employé p&r lui , et qu'on lui a reproché. Il avait une passion tellement prononcée pour ccttcr sorte d'ouvrage?*, iqu'il employait des journées entières à en composer; mais sa paresse^ aidée* d'une prodigieuse mémoire, l'empêcha toujours de les confier au papier. Un jour qu'il était fort occujpé d'un de ces romans dont la création charmait sa solitude, quelqu'un entra chez lui brus-, quement : ce Ne me troublez point, lui cria-t-il, jesuis dans un moment intéressant; je vais faire pendre un ministre fripon, et chasser un ministre imbécilie. »
Quoique d'un caractère grave et sérieux, au point
SUR GRÉBILLOIC. xiu
d'être accusé lui-même de la noirceur qu'on trouvait dans ses ouvrages, il avait de la gaîtë dans l'esprit.; Étant tombé dangereusement malade, son médeciii , homme fort prévoyant, lui demanda les deux actes de GjLTii.iffA qui n'était point encore achevé. L'auteur lui répondit par ce vers de Rhabahisthe ;
Ak ! -doit^n kéifiter de ceux qu'on «saaisine ?
Ke seriez- vous point le chartreux qui fait mes pièces? dit-il à un jeune homme qui lui répéta sur le champ plusieurs tirades d'une scène qu'il n'ayait entendu réciter qu'une seule fois. La malignité avait dit, la sottise avait ^répété, et l'envie avait feint de croire, que les ouvrages de Grébillon étaient composés par un chartreux. "^
Il conserva constamment cette fierté d'ame qui honore et fortifie le talent , et qui devrait en être toujours inséparable. Attiré à la cour par des pros messes auxquelles il supposait trop de sincérité , il lui fallut deux ans pour s'apercevoir qu'il marchait sur une terre d'IUttsions et de mensonges,' et où l'intrigue seule. pouvait recueillir ce qui était semé des mains de la flatterie. Il dédaia:na aussi les bien-' faits onéi'eux de des nombreux Mécènes qui f pré-l tendant protéger le mérite comme ji'ils s'y connais- •aient , en exigent des complaisances qui pi'ouvent qu'ils ne savent point le juger. Il portait même avec peine le joug de,ces bienséances frivoles et trop multipliées dont une fausse politesse a surchargé le commerce de la société, et auxquelles on a rare-i meut le courage de se SQustraire , de peur d'être accusé de les ignorer. Vers la fin de sa vie, sa
irr 9QTIGE SUIV CRÉBILLON.
profonde solitude n'était partagée que par une foule d'animaux dont l'attachement et la fidélité l'em* péchaient de regretter la compagnie des hommes, qu'il connaissait, disait-il, trop bien.
Destiné k être contrarié dans tous ses penchants; il épousa, sans le consentement de son père, une femme qui n'était qu'aimable et irertueuse , et fut déshérité. Sa réputation le réconcilia par la suite ayec la yanité de ce vieillard injuste ', dont il partagea fort inégalement la succession avec les gens de loi chargés de la liquider. Il ne dut regretter de cette fortune que ce qui était nécessaire pour assurer Une indépendance qui lui fut totijours très chère , et pourvoir aux frais d'une existence qui pouvait passer pour plus que frugale.'
Il laissa un fils qui, dans des ouvrages où l'êspric et le talent ne sont pils toujours avoués par le goût et la décence, a retracé les vices, ou, ai l'on veut,' la galanterie des Français de son siècle. L'un peignit les forfaits et les grandes passiônsy l'autre crayonna les ridicules et les travers <de l'ésptiti
Crébillon, né très robuste) stpthê âVoir conservé sa forée jusque dans l'âge de quatre^ving^huit ans, mourut le 17 juin 1762. Le gouvernepient , qui avait protégé et gêné son talent, lui décerna un mausolée, dont l'exécution, jusqu'à nos jours, était demeurée imparfaite. Ce mausolée qui vient à peine d'être terminé, a enfin trouvé au Musée des Monuments Français une place <fai lui avait été refusée par la sévérité sans doute excessive d'un pasteur rigoriste