SCÈNE IV
IDOMÊNÉE, SOPHRONYME, ÉGÉSIPPE.
iDOMÉiriE:
Mais que vois- je? et quel foneste objet !
Égésippe revient , tremblant , triste , défait ! Que dois-je soupçonner ? Ah mon cher Sophronyme ! Le ciel impitoyable a nommé sa victime.
Quelle victime encor ! que de pleurs, de regrcrs , Noos vont coûter des dieux les barbares décrets ! Pourrai- je sans frémir nommer. ...
IDOMÊNÉE.
Je t'en dispense ; Couvre plutôt ce nom d'un étemel silence :
De ton secret fatal je suis peu curieux ,
Vt sur ce point eufîn ]'çn sais plus que les dieux»
SOPHROHYME.
Écoutes cependant. ' ' ,
Que veux-tu que j'écoute?
D'un arrêt inhumain tu crois donc que je doute ? . . . Mais poursuis, Égesippe.
ÉGÉSIP^E.
Au pied du niont sacré Qui fut pour Jupiter un asile assurç; J'interroge en tremUant le dieu sur nos misères; Le prêtre destine pour les secrets mystères Se traîne, prosterne, près d'tm antre profond;
Ouvre Avec mille cris le gouffre lui répond ;
D'alTreux gémissements et des voix lamentables Fonuoient à longs sanglots des accents pitoyables, Mais qui venoient à moi comme des sons perdus, Dont résonnoit le temple en échos mal rendus. Je prétois cependant une oreille attentive, Lorsqu'cnfin une voix, plus forte et plus plaintive, A pi!ru rassembler tant de cris douloureux.
Et répéter cent fois : « O roi trop malheureux î » X>&Çx saisi d'horreur d'une si triste plainte. Le prêtre m'a bientôt frappé d'une autre crainte, Quand , relevant sur lui mes timides regards, Je le vois, l'œil farouche et les cheveux épars. Se débattre long-temps sous le dieu qui l'accable, Et prononcer enfin cet arrêt formidable :
« Le roi n*ignore pas ce qu'exigent l€| dieux : Maître encor de la Crète et de sa destinée.
Il porte dans ses mains le salut de ces lieux; n faut le sang d'Idoménée. »
IDOHÉHIÊE.
I^ roi n'ignore pas ce qu'exigent les dieux !
( à Sophronyme. )
Ta vois si les cruels pouroient s'expliquer mieux. Grâces à leur fureur, toute erreur se dissipe;
J'entrevois Il suffit : laisse-nous, Égésippe.
Sur im secret enfin qui regarde ton roi , Songe, malgré les dieux, à lui gardn- ta foi.
IDOMEHEE.
Tu vois sur nos destins ce que le ciclprononce : En redoutois-je à tort la fimeste repense ?
II demande mon fils; je n'en puis plus douter , ^'i de mon trépas même un instant me flatter. Alânes de mes sujets, qui des bords du Cocyte Plaignez encor celui qui vous y précipite , Pardonnez : tout mon sang, prêt à vous secourir , Auroit coulé, si seul il me falloit mourir ; Mais le ciel irrité veut que mon fils périsse , Et mon cœur ne veut pas que ma main obéisse.
Aloi, je verrois mon fils sur l'autel étendu l Tout son sang couieroit p.ir mes mains répandu !
^^on, î\ ne "mourra point ... je ne puis In y résoudre
Ciel» n'attends rien de qui n'attend qu'un coup de fendre.