‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 36 sur 157 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

IDAMANTË, ÉRIXÈNE, ISMÈNE.

ISMEVE.

Je le vois qui s'avance.

De vos transports , du moins , cachez la violence.

IDOMÊNÉE. ACTE IV, SCÈNE II. 5i

Eh î comment les cacher ? Je sais que je le dois ; Mais le puîs-je, et le voir pour la dernière fois? I uyons-le cependant ; sa présence m'étonne.

IDÀMAITTE.

Où fuyez- vous , niadame ?

LRIXEBlE.

Où mon devoir l'ordonne.

inAUÀSTE.

Du moins a la pitié laissez^vons émouTQÎr; Vous ne l'avez que trop signalé, ce devoir :

Avec tant de courroux, hélas I qu'a-t-il à craindre? Vous ne m'entendrez plus soupirer ni me plaindre. Vous purtez , jt vous aime , et- vous me haïssez ; Mes malheurs dans ces mots semblent être tracés. Cependant ce départ, mon amour, votre haine, Ke font pas aujourd'hui ma plus cruelle peine. C*étoit peu que votre ame, insensible h. mes vœux. Eût de tout son courroux payé mes tendres feux : Ce malheureux amour que votre cceur abhorre, ^ Malgré tous vos mépris, que je chéris encore ; Cet amour qui , malgré votre injuste rigueur, n'a jamais plus régné dans le fond de mon cœur; Cet amour qui faisoit le bonheur de ma vie, n faut h mon devoir que je le sacrifie.

5on que mon triste cœur, par ce cruel effort , Renonce k vous aimer; mais je cours & la mott: Heureux si mon trépas , devenu légitime , Des pleurs que j'ai causés peut effacer le crime I «

Mais si c'en ëtoit un d'adorer vos beaux yeux ,

Je ne suis pas le seul criminel en ces lieux.

Ce qu'en vain Mt-rion attendoit de ses aimes,

Vous seule en un moment l'avez pu par vos cliarmes :

Tout vous livre h l'envi cet empire fatal.

Régnez, vous le pouvez. . . . mon père est mon rivaL

ÉaiXENF..

Je connois les transports et de l'un et de l'autre. Et je sais jusqu'où va son audace et la vôtre : Son téméraire amour n'a que trop éclate.

^ IDAHA9TE.

Sans vous en ofienser vous l'avez lécouté !

Je ne m'étonne plus du malheur qui m'accable , Ni que vos yeux cruels me trouvent si coupable. Votre cœur y à son tour épris pour un héros, N'a pas toujours haï tout le sang de Minos.

Pour mon père en secret vous bnîliez, inhumaine ! Et moi seul en ces lieux j'exerçois votre haine. Quoi ! vous m'abandonnez à mes soupçons jaloux ! Suis-je le malheureux ? madame , l'aimez- vous ?.

ERIXENE.

Moi, je pourrois l'atmef! et dans le fond de l'ame

J'aurois sacrifié mon devoir k sa flamme !

Dieux! qu'est-ce que j'entends? Seigneur, osez-vous bien

Reprocher h mon cœur l'égarement du sien ?

Après ce qu'a produit sa cruauté funeste,

Qui? moi, j'approuvcrois des feux que je.déteste»

Un amour, par le sang, par les pleurs condamné,

Et devenu forfait dès Viiistaut qu'il est ué !

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