‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 61 sur 157 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

THTESTE, THÉODAMIE.'

THTESTE.

Ma fiUe, il faut songer à fuir de ce séjour?

Tout menace à la fois l'asile de Thyeste; Défendons, s'il se peut, le seul bien qui nous reste; D'un père infortuné <]ue prétendent vos pleurs ? Voulez-vous dans ces lieux voir combler mes malbennl PounpAoi, sur mes d^irs cherchant à me contraindrei- ITe point voir le tyran ? Qu'en avez- vous à craindre \ Sans lui, sans son secours, quel sera mon espoir?. Vous voyez que Plisthène est ici sans pouvoir, Qu'il va bientôt voguer vers le port de Pirée; Voulez- vous qu'à ma fuite il en ferme l'entn^e ?

ATRÉE ET THYECTE. ACTE II, SCÊKE II. loi La Toile se déploie et flotte au gré des vents; Laissez-zBoi profiter de ces heureux instants. Voyez, pui8<{u'il le fau^ le redoutable Atrée i Si sa flotte une fois abandonne l'Eubée, Par quel autre moyen me sera-t-il permis De sortir désormais de ces lieux ennemis ?

THÉODAMIE.

Ne précipitez rien : quel intérêt vous presse ? Pourquoi , seigneur, pourquoi vous expo&er sans cesse ? V peine enfin sauvé de la fureur des eaux, ye vous rejetez point dans des périls nouveaux. A partir de CKalcjs le.tyran se prépare ; Les vents vont de cette ile éloigner ce barbare : D'un secours dangereux sans tenter le hasard , Cacbez-vous avec soin jusques à son départ

THYESTE

Ma fille, quel conseil ! Eh quoi 1 vous pouvez croire Que je veuille à mes jours sacrifier ma gloire ! Non , non , je ne puis voir désoler sans secours Des états si long- temps l'asile de mes jours. Moi , qui ne prétendois m'emparer de Mycènes Que pour forcer Atrée à s'éloigner d'Athènes, Je Tabandonnerois lorsqu'elle va périr !

^on, je cours dans ses murs la défendre, ou mourir. Vous m'opposez en vain l'impitoyable Atrée :

Peut«il me soupçonner d'être en cette contrée ? Sans appui, sans secours, sans suite dans ces lieux, Sans édat qui sur moi puisse attirer les yeux, Dans l'état où m'a mis la colère céleste, Hélas ! et qui pourroit reconnoître Thycste ?

toa . ATRÉE ET THYESTE.

Voyez donc le tyran : quel qae soit son courroux. C'est assez que mon cœur n'en crai^e rien pou; vous» Ma fiUe. Vous sarcz que sa main meurtrière Ne poursuit point sur vous le crime d une mère t C'est moi seul, c'est iErope enlerëe à ses Toeux» Et you§ ne sortez point de ce sang malheureux; 'AOez : votre firayeur, qui dans ces lieux m'arrête. Est le plus grand përil qui menace ma tét^- Demandez un vaisseau; qud qu'en soit le danger» Mon cœur «u dés«^ir n'a rien h ménager.

Ah ! périsse plutôt Tasîle qui nous reste, Cihxe de tenter, seigneur, un secours si funeste !

THTESTC*

En dusse- je périr, songez <|ae je le veux.

Sauvez-moi par pitié de ces bords dangereux : Du soleil à regret ) y revois la lumière ; Malgré moi le sommeil y ferme ma paupière.

T)t mes ennuis secrets rien n'arrête le cours : Tout à de tristes nuits join^ de plus tristes pan. Vue voix, dont en vain je cherche à me défendre» Jusqu'au fond de mon oeeur semble se faire entendre : l'en suis épouvanté. Les songes de la nuit ^e se dissipent point par le jpur qui les suit : Malgré xîia fermeté, d'infortunés présages Asservissent mon ame h. ces vaines images.

Cette nuit même encor, j'ai senti dans mon cœur Tout ce que peut un songe inspirer de «erreur.

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