‹ Œuvres de Crébillon (volume 2)Chapitre 79 sur 157 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

THYESTE, PLISTHÊNE.

THTESTE.

Phisce qu'un tendre soin ^ds mon sort intéresse, Héros dont les vertus charment toute la Grèce, Qu'il m'est doux de pouvoir embrasser aujourd'hui De mes jours malheureux l'unique et sûr appui !

PLISTHÈSE.

Quel appui, juste ciel ! Quel cœur impitoyable

ï^e seroit point touché du sort qui vous accable ?

Ah ! plût aux dieux pouvoir, aux dépens de mes jouis,

D'une si chère vie éterniser le cours !

Que je verrois couler tout mon sang avec joie.

S'il teimînoit les maux où vous êtes en proie I

144 AtRÉE ET THYESTE.

Ce n*€8t point la pitié qui m'attendrit, seignetir ; Je sens des mouyements inconnus à mon cœur.

THTESTE.

Sei^eur, soit amitiëi soit raison qui m^inspîre, Touvm'est cher d'un lieros que l'univers admire; Que ne puis-je exprimer ce que je sens pour tous ! I9on , l'amitié n'a pas de sentiments si doiiz.

PLISTHÈ5S.'

AL ! si je TOUS suis cher, que mon respect extrême M'acquitte bien , seigneur, de ce bonheur suprême ! On n'aima jamiais plus, le ciel m'en est témoin : A peine la nature iroit-elle aussi loin ; Et iûa. tendre amitié, par vos maux consacrée, Â semblé redoubler par les rigueurs d'Atrée.

Vous m'aimez ; le ciel sait si je puis vous hftîr^ Ce qu'il m'en coûteroit s'il falloit obéir.

TBTE8TE.

Seigneur, que dites-vous? qui fait couler vos larmes? Que tout ce que je vois fait renaître d'alarmes ! Vous soupirez ; la mort est peinte dans vos yeux ; Vos regards attendris se tournent vers les cieux : Quel malheur si terrible a pu troubler Plisthène ? ' Jusqu'au fond de mon cœur je ressens votre {>eine; Voulez* vous dérober ce secret à ma foi ?

Quand je suis tout à vous, n'étes-vous point k moi? ' Cher prince, ignorez- vous k quel point je vous aime? Ma fille ne m'est pas plus chère que vous-même^

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