ACTE lY, SCENE V
(à Atrée.) .
Vous qui, trompé long-temps dans une injuste haine, Du nom de votre fils honorâtes Plisthene; Quand j e ne le suis plus , seigneur, il m'est bien doux D'être du moins sorti d'un même sang que vous. Je ne suis consolé de perdre en vous un père, Que lorsque je devieus le fils de votre frère. Mais ce fils , près de vous , privé d'un si haut rang , L'est toujours par le coeur, s'il ne l'est par le sang.
ATRÉE
C'eût été pour Atrée une perte funeste , S'il eût fallu te rendre à d'autres qu'à Thycste. Le destin ne pouvoit, qu'en te donnant à lui , Me consoler d'un bien qu'il m'enlève aujourd'hui. Eu''ysthene, sensible aux larmes de ta mère, . Eit celui qui me iit, de son bourreau, ton père. Instruit de mes fureurs, c'est lui dont la pitié Vient de vous sauver tous de mon inimitié.
[à Thyesle.) Thveste, après ce fils que je viens de te rendre, Tu vois si désormais je cherche à te surprendre. Recois-le de ma main pour garant dune paix Que mes soupçons jaloux ne troubleront jamais; Enfin, pour t'en donner une entière assurance, C'est par un fils si cher que ton frère commence. En faveur de ce fils, qui fut long-temps le mien, De mou sceptre aujourd hui je détache le tien. Rentre dans tes états soas de si doux auspices, Qui de notre union ne sont que les prémices. Je prétends que ce jour, que souilloit ma fureur, Achevé de bannir les soupçons de toîi cœur. Thyeste, en croiras-tu la coupe de nos pères .^ Est-ce offrir de la paix des garants peu sincères.^ Tu sais qu'aucun de nous , sans un malheur soudain, Sur ce gage sacré n'ose jurer en vain : C'est sa perte, en un mot : cette coupe fatale
144 ATREE ET THYESTE.
Est le serment du Styx pour les fils de Tantale.
Je veux bien aujourd'hui , pour lui prouver ma foi ,
En mettre le péril entre Thyeste et moi :
Veut-il bien, à sou tour, que la coupe sacrée
Achevé l'union de Thyeste et d'Atrée?
THYESTE
Pourrlçz-vous m'en offrir un gage plus sacré, '
Que de me rendra un fils? Mon coeur est rassuré ; Et je ne pense pas qne le don de Plisthene Soit un présent, seigneur, que m'ait fait votre haine. .T'accepte cependant ces garants d'une paix Qui fait depuis long -temps mes plus tendres souhaits.
Kon que d'aucun détour un frère vous soupçonne ; A la foi d'un grand roi Thyeste s'abandonne: S" il en reçoit enfin des gages en ce jour, C'est pour vous rassurer sur la sienne à son tour.
A TR É E
Pour cet heureux moment qu'en ces lieux tout
s'apprête ; Qu'un pompeux sacrifice en précède la fête ; Trop heureux si Thyeste, assuré de la paix. Daigne la regarder comme un de mes bienfaits ! Vous qui de mon courroux avez sau\é Plisthene, C'est vous, de ce grand jour, que je charge,
Eurysthene ; J'en remets à vos soins la fête et les apprêts. Courez tout préparer au gré de mes souhaits. Mon frère n'attend plus que la coupe sacrée : Offrons-lui ce garant de l'amitié d'Atrée. Puisse le nœud sacré qui doit nous réunir Effacer de son cœur un triste souvenir ! Pourra-t-il oublier... ?
TH YE ST E
Tout, jusqu'à sa misère.
Il ne se souvient plus que d'un fils et d'un frerc.