AN T É N O R
Ce grand roi , qui chérit Oreste avec transport , Depuis plus de six mois incertain de sou sort, Alarmé chaque jour et du sien et du vôtre, M'envoie en ces climats vous chercher l'un et l'autre, ûlais puisque je vous vois , tous mes vœux sont
comblés.
Le fils d"Agamemnon...Seîgneur,vous vous troubler! Malgré tous les honneurs qu'ici l'on vous adresse. Vos yeux semblent voilés d'une sombre tristesse. De tout ce que je vois mon esprit éperdu...
Aîitéaor, c'en est fait; Tydée a tout perdu.
Seigneur, éclaircissez ce terrible mystère.
TYDÉE
Oreste est mort.
Grands dieux !
T YD É E.
Et je n'ai plus de perc.
Aîf T É WO R.
Palamede n'est plus ! ah ! destin rigoureux !
Et qui vous la ravi? par quel malheur affreux...
TYDÉE
Tu sais ce qu'en ces lieux nous venions entreprendre^ Tu sais que Palamede, avant que de s'y rendre, Ne voulut point tenter son retour dans Argos, Qa'il n'eût interrogé l'oracle de Délos. A de si justes soins on souscrivit sans peine : Nous partîmes comblés des bienfaits de Tyrrhene; ^ Tout nous favorisoit ; nous voguâmes long-temps Au gré de nos désirs bien plus qu'au gré des vents : Mais, signalant bientôt toute son inconstance.
i8o tLECïîlE.
La mer en un moment se mutine et s'élance. L'air mugit, le jour fuit; une épaisse vajieur Couvre d'un voile affreux les vagues eu fureur; La foudre, éclairant seule une nuit si profonde, A sillons redoublés ouvre le ciel et l'onde, Lt, comme un tv»urbillon, embrassant nos vaisseaux, Semble, en source de fcu, bouillonner sur les eaux. Les vagues quebjuefois non» portant. su rieurs ci mes IS'ous fo'it rftuler après sous de vastes abvmes. Où les éclairs pressés, pénétrant avec nous. Dans des gouffres de feu senibloient nous plonger
tous.
Le pilote effrayé, que la flamme environne. Aux rochers qu'il fuyoit lui-même s'abandonne. A travers les écueils noire vaisseau poussé. Se brise, et nag»* enfin sur les eaux dispersé. Dieux ! que ne lis-je point dans cr monjcnt funeste Pour sauver Palamede, et pour sauver C)reste.^ '\'ains efffjrts ! la lueur qui partoit des éclairs !Ne m'offrit que des flots de nos débris couverts ; Tout périt.
Eh ! comment , dans ce désordre extrême,. l*ùtes-vous au péril vous dérober vous-même.^
Tout offroit à mes yeux l'inévitable mort ; Mai» j'y courois eu vain, la rigueur de mon sort A de plus grands malhenrs me réservoit encore, Lt me jeta mourant vers les murs d'Epidaure. Itys m€ secourut , et de mes tristes jours , Malgré mon désespoir, il prolongea le cours. Juge de ma douleur, quand je sus que ma vie Etoit le prix des soins d'une main ennemie. Des périls de la mer Tydée enfin remis Lne nuit alloit fuir loin de ses ennemis. Lorsque, la même nuit, d'un vainqueur en furie