P AL A.ME D E
Si je disois un mot, je vous ferois trembler. Vous n'êtes point mon fils , ni digne encor de l'être ; Par d'autres sentiments vous le feriez connoitre. Mon fils infortuné, soumis, respectueux, N'offroit à mon amour qu'un héros vertueux. Il n'auroit point brûlé pour le sang de Thyeste; Un si coupable amour n'est digne que d'Oreste, Mon fils de son devoir eût été plus jaloux.
T YD É E.
Et quel est donc , seigneur, cet Oreste ?
rA-LAMEDE.
C'est vous,
ORESTE
Oreste, mol, seigneur! Dieux! qu'entends-je?
PALAMEDE.
Oui , vous-même , Qui ne dev^^z vos jours qu'à ma tendresse extrême. Le traître dont ici vous protégez le san^ A-uroit sans moi du vôtre épuisé votre flanc. Ingrat, si désormais ma foi vous paroît vaine, Retournez à Samos interroger Thyrrhene.
Instruit de votre sort, sa constante amitié
I ACTE III, SCENE VI. ao3
' A secondé pour vous mes soins et ma pitié : Il sait, pour conserver une si chère vie Par le tyran d'Argos sans cesse poursuivie. Que, sous le nom d'Oreste, à des traits ennemis J'offris sans balancer la tète de mon fils. C'est sous un nom si grand que , de vengeance avide, Il venoit en ces lieux punir un parricide. Je lai vu, ce cher fils, triste objet de mes vœux. Mourir entre les bras d'un père malheureux. J'ai perdu pour vous seul cette unique espérance ; Il est mort ; j'en attends la même récompense. Sacrifiez ma vie au tyran odieux I A qui vous immolez des noms plus précieux : Qu'à votre lâche amour tout autre intérêt cède; Il ne vous reste plus qu'à livrer Palamede : Il vivoit pour vous seul, il seroit mort pour vous ; C'en est assez, cruel, pour exciter vos coups.
Poursuivez, ce transport n'est que trop légitime; Egalez, sil se peut, le reproche à mon crime: Accablez-en, seigneur, un amour odieux, Trop digne du courroux des hommes et des dieux. Qui^ moi ! j'ai pu brûler pour U sang de Thyeste ! A. quels forfaits, grands dieux! réservez-vous Ôreste.' AJi : seigneur, je frémis d'une secrète horreur; Te ne sais quelle voix crie au fond de mon cœur, aélas : malgré l'amour qui cherche à le smprendre , Mon père mieux que vous a su s'y faire entendre. }ourons, pour appaiser son ombre et mes remords, Dans le sang d'un barbare éteindre mes transports, lonteux de voir encor le jour qui nous éclaire. Te m'abandonne à vous ; parlez, que faut-il faire.'
arracher votre sœur à mille indignités; V-ppaiser d'un grand roi les mânes irrités, -e* venger des fureurs d'une barbare mère:
2o4 ELECTRE.
Venir sur son tombeau jurer à votre père D'immoler son bourreau , d'expier aujourd'hui Tout ce que votre bras osa tenter pour lui ; Rassurer votre sœur, mais lui cacher son frère (Ses craintes, ses transports trahiroient ce mystère); Vous offrir à ses yeux sous le nom de mon lils; vSous le vôtre , seigneur, assembler nos amis ; Que vous dirai-je enfin? contre un amour funeste Reprendre avec le nom des soins dignes d'Oreste.
Ne craignez point qu'Oreste, indigne de ce nom, Démente la fiertt- du sang d'Agamemnon.
Venez,, si vous doutez qu'il méritât d'en «'■tre. Voir coul<ïr tout le mien pour le mieux reconnoîlrf .
vjy nr TROTSieMK atti.
ELECTRE