‹ Œuvres de CrébillonChapitre 159 sur 502 · ACTE V, SCENE ir · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE ir

C'en est trop : je pénètre un mystère funeste ; Vous cédez au destin qui vous enlevé Oreste ; Vous croyez désormais que pouryous aujourd hui L'univers tout entier doit périr avec lui. Votre cœur cependant, à sa haine iidele, Accablé des rigueurs d'une mère cruelle. Au moment que je crois qu'il s'attendrit pour moi, M'abhorre, et ne se rend qu'aux menaces du roi.

ELECTRE

Fils d'Égisthe , reviens d'un soupçon qui me Liesse ; Llectre ne connoît ni crainte ni foiblesse ; Son cœur, dont rien ne peut abaisser la fierté , Même au milieu des fers agit en liberté. Quelque appui que le sort ui'enleve dans mon frère. Je crains plus tes vertus que les fers ni toa père. Ne crois pas qu'un tyran pour toi puisse eu ce jour Ce que ne pourroit pas ou l'estime on lamour. Non , quel que soit le sang qui coule dans tes veines , Je ne t'impute rien de 1 horreur de mes peines. Je ne puis voir en toi qu'un prirrce généreux, Que, de tout mon pouvoir, je voudrois rendre

heureux.

Non , je ne te hais point ; je serois inhumaine Si je pouvois payer tani d'amour de tua haine.

Je ne suis point haï ! comblez donc tous les vœux Du cœur le plus Iidele et le plus amoureux. Vous n'avez plus de hame ! eh bien '. qui vous arrête ? Les autels sont parés, et la victime est prête. Venez, sans difiérer, par des nœuds éternels, Vous unir à mon sort aux pieds des immortels. Egisthe doit bientôt y conduire ia reine; Soufrez que sur leurs pas mon amour vous entraîne; On n attend plus que vous.

.. i L E c T.B E, à ftart.

On n'ûtîend pîuî que mo: !

CF.tBII.LOX, I IQ

»i8 ELECTRE.

Dieux cruels ! que ce mot redouble mon effroi !

{haut.) Quoi! tout est prêt, seigneur?

IT YS

Oui , ma chère princesse. *

ELECTRE

Hélas !

I ITYS

Ah ! dissipez cette sombre tristesse.

Vos yeux d'assez de pleurs ont arrosé ces lieux ;

Livrez-vous à l'époux que vous offrent les dieux.

Songez que cet hymen va finir vos misères ,

Qu'il vous fait remonter au trône de vos pères,

Que lui seul peut briser vos indignes liens ,

Et terminer les maux qui redoublent les miens.

Le plus grand de mes soins, dans l'ardeur qui m'anime,

Est de vous arracher au sort qui vous opprime.

Mycenes vous déplaît; eh bien! j'en sortirai;

Content du nom d'époux, par-tout je vous suivrai ;

Trop heureux, pour tout prix du feu qui me consume.

Si je puis de vos pleurs adoucir l'amertume !

Aussi touché que vous du destin d'un héros...

ELECTRE

Hélas ! que ne fait-il le plus grand de mes maux ! Et que ce triste hymen où ton amour aspire... Cet hymen... Non, Itys, je ne puis y souscrire. .T'ai promis ; cependant je ne puis l'achever. Ton père est aux autels, je m'en vais l'y trouver:

(i) Ouîf ma chère princesse , est conforme au manuscrit de la comédie françoise. On trouve dans l'édition 4w Louvre, i75o,ia-4'', Oui, divine princesse.

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