‹ Œuvres de CrébillonChapitre 173 sur 502 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

ZÉNOBIE, soiis le nom <ï Isménie ; PHÉNICE.

ZÉNOBIE

jl\. h ! laisse- moi , Phénice , à mes mortels ennuis ; Ta redoubles 1 horreur de l'état ou je suis. Laisse-moi : ta pitié, tes conseils, tt la vie, S:">ut le comble des maux pour la triste Isménic. Dieux justes 1 ciel vengeur, effroi des malheureux, Le sort qui me poursuit est-il assez affreux .'*

Vous verrai-je toujours , les yeux baignés de larmes , Par d éternels transports remplir mon cœur da-

larmes.** Le S'»mmeil en ces lieux verse en vain ses pavots ; La nuit n'a plus pour vous ni dv>uceui , ni repos. Crut;lle, si l'amour vous éprouve inflexible, A ma triste amitié soyez du moins sensible. Mais quels sont vos malheurs ? captive dans des lieux Où 1 amour soumet tout au pouvoir de vos yeux, Vous ne sortez des fers où vous fûtes nourrie ,

10 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.

Que pour vous asservir le grand roi dlbérie.

Et que demande encor ce vainqueui" des Romains? D'au sceptre redoutable il veut orner vos mains. Si, rebuté des soins oii son amour l'engage,

11 s'est enfin 1 issé d'un inutile hommage.

Par combien de mépris, de tourments, de rigueur. N'avez- vous pas vous-même allumé sa fureur? riattez , comblez ses voeux , loin de vous en défendre; "Vous le verrez bientôt plus soumis et plus tendre.

ZÉNOBI E

Je oonnois'mienx qne toi ce barbare vainqueur, Pourqui, maisvainement, tu veux, fléchir mon cœur. Quels que soient les grands noms qu'il tient de la

victoire.

Et ce front si superbe où brille tarit de gloire. Malgré tous ses exploits, l'univers à mes yeux N'offre rien qui me doive être plus odieux. .Tai trahi trop long-temps ton amitié fidèle; Il faut d'un autre prix récompenser ton zèle. Me découvrir : du moins , quand tu sauras mon sort. Je ne te verrai plus t'opposer à ma mort. Phénice, tn m'as vue aux fers abandonnée, Dans un abaissement où je ne suis point née. Je compte autant de rois que je compte d'aïeux, Et le sang dont je sors ne le cède qu'aux dieux. Pharasmane, ce roi qui fait trembler l'Asie, Qui brave des Romains la vaine jalousie. Ce cruel, dont tu veux que je flatte l'amour, Est frère de celui qui me donna le jour. Plût aux dieux qu'à son sang le destin qui me lie N'eût point par d'autres nœuds attache Zénobie ! Mais , à ces nœuds sacrés joignant des nœuds plu»

doux.

Le sort l'a fait encor père de mon époux. De Rhadamisthe enfin.

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