‹ Œuvres de CrébillonChapitre 184 sur 502 · HT É R ON · texte numérisé non relu

HT É R ON

J aime à voir ces regrets que la vertu fait naître : Mais le devoir, seigneur, est-il toujours le maître? Mifhridate lui-même, en vous manquant de foi, Sembloit de vous venger vous imposer la loi.

RHADAMISTUE.

Ah ! loin qu'en mes forfaits ton amitié me flatte , Peins-moi toute l'horreur du sort de Mithridate. Rappelle-toi ce jour et ces serments affreux Que je souillai du sang de tant de malheureux. S'il te souvient encor du nomhre des vigtimes , Compte , si tu le peux , mes remords par mes crimes. Je veux que Mithridate, en trahissant mes feux. Fût digne même encor d'un sort plus rigoureux ; Que je dusse son sang à ma flamme trahie : Mais à ce même amour qu'avoit fait Zénobie.^ Tu frémis , je le vois : ta main , ta propre main , Plongeroit un poignard dans mon perfide sein, Si tu pouvois savoir jusqu'où ma barbarie De ma jalouse rage a porté la furie.

Apprends tous mes forfaits, ou plutôt mes malheurs; Maïs, sans les retracer, juge-s-en par mes pleurs.

Aussi touché que vous du sort qui vous accable, Je n'examine point si vous êtes coupable. On est peu criminel avec tant de remords ; Et je plains seulement vos douloureux transports. Calmez ce désespoir où votre ame se livre, Et m'apprenez...

Comment oserai-je poursuivre.' Comment de mes fureurs oser t'entretenir. Quand tout mon sang se glace à ce seul souvenir.^ Sans que mon désespoir ici le renouvelle. Tu sais tout ce qu'a tait cette maiu criniiDelle. Tu vis comme aux autels un peuple mutiné

?.4 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.

Me ravit le bonheur qui m'êtoit destiné; Et, malgré les périls qui menacoient ma vie, Tu sais comme à leurs yeux j'enlevai Zéuobie. Inutiles efforts! je fuyois vainement.

Peins-toi mon désespoir dans ce fatal moment; .Te voulus m'immoler ; mais Zénobie eu larmes, Arrosant de ses pleurs mes parricides amies , Vingt fois pour me fléchir embrassant mes genoux. Me dit ce que l'amour inspire de plus doux. Hiéron, quel objet pour mon ame éj)erdue î Jamais rien de si beau ne s'offrit à ma vue : Tant d'attraits cependant , loin d'attendrir mon

cœur, Ne firent qu'augmenter ma jalouse fureur. Quoi ! dis-je en frémissant , la mort que je m'apprête Ta donc à Tiridate assurer sa conquête ! Les pleurs de Zénobie irritant ce transport , Pour prix de tant d'amour je lui donnai la mort; Et, n'écoutant plus rien que ma fureur extrême , Dans l'Araxc aussitôt je la traînai moi-même. Ce fut là que ma main lui choisit un tombeau, Et que de notre hymen j'éteignis le flambeau.

uiBKoy.

Quel sort pour une reine à vos jours si sensible !

RHADAMISTHE.

Après ce coup affreux, devenu plus terrible. Privé de tons les miens, poursuivi , sans secours, A mon seul désespoir j'abandonnai mes jours. Je me précipitai , trop indigne de vivre , Parmi des furiei'x, ardents à me poursuivre, Qu'un père, plus cruel que tous mes ennemis, Excitoit à la mort de sou malheureux iils; Enfin percé de coups j'allois perdre la vie. Lorsqu'un gros de Romains sorti de la Syrie, Justement indigné contre ces inhumains.

M'arracha tout sanglant de leurs barbares main^§.

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