‹ Œuvres de CrébillonChapitre 194 sur 502 · ACTE ni, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE ni, SCENE II

Pour calmer la douleur de mon ame inquiète, Il suffît qu'en vos mains Arsame la remette. Encor si je pouvois, aux dépens de mes jours, M'acquitler euA'ers vous d'un généreux secours ! Mais je ne puis offrir, dans mon malheur extrême, Pour prix d'un tel bienfait, que le bienfait luiinème.

RHA.DAMISTHE.

Je n'en demande pas, cher prince, un prix plus douxj Il est digne de moi, s'il n'est digne de vous. Souffrez que désormais ie vous serve de frère. Que je vous plains d'avoir un si barbare père ! Mais de ses vains transports pourquoi vous alarmer.^ Pourquoi quitter l'objet qui vous a su charmer.'* Daignez me confier et son sort et le votre; Dans un asyle sur suivez-moi l'un et l'autre. Sensible à ses malheurs, je ne puis sans effroi Abandonner Arsame aux furturs de son roi. Prince , vous dédaignez un conseil'qui vous blesse ; Mais si vous connoissiez celui qui vous en presse...

Donnez-moi des conseils qui soient plus généreux,

Dignes de mon devoir, et dignes de tons deux.

Le roi doit dés demain partir pour l'Arménie ;

Il s'agit à ses vœux d'enlever Isménie.

Mon père en ce moment peut l'éloicrner de nous,

Et sa captive en pleurs n'espère plus qu'eu vous:

Déjà sur vos bontés pleine de confiance,

Elle attend votre vue avec impatience.

Adieu, seigneur, adieu: je craindrois de troubler

Des secrets qu'à vous seul elle Tcut révéler.

CREDILLOSr.

38 RHADAMISTHE ET ZÉNOBIE.

, RHADAMISTHE, seul.

Ainsi, père jaloux, père injuste et barbare, C'est contre tout ton sang que ton cœur se déclare? Crains que ce même sang, tant de fois dédaigné, Ne se soulevé enlin, de sa source indigné, Puisque déjà Fainour, maître du cœur d'Arsame, "Y verse le poison d'une mortelle flamme. Quel que soit le respect de ce vertueux fils. Est-il quelques rivaux qui ne soient ennemis? Non , il n'est point de cœur si graud , si maguanime, Qu'un amour malheureux n'entraîne dans le crime. Mais je prétends en vain l'armer contre son roi ; Mon frère n'est point fait au crime coumie moi. Méritois-tu, barbare, un fils aussi fidtle? Ta rigueur semble encore en accroître le 7ele : Rien ne peut ébranler son devoir, ni sa foi ; Et toujours plus soumis... Quel e.vempie pour moi! Dieux, de tant de vertus n'orntz-vous donc mou

frère , Que pour me rendre seul trop semblable l. mon père.' Que prétend la tureur dont jC suis cr.mbattu."* D'un fils respectueux séduire la vertu?

Imitons-la plutôt, cédons à la nature ; N'en ai-je pas assez étou'lé le murmure? Que dis- e? dai^^s mon cœur, moius k belle à ses lois, Dois-je plutôt qu'un père en écouter la voix? Pères cruels, vos droits ne sont-ils pas les nôtres? Et nos devoirs sont-ils plus sacrés que le» vôtres? On vient : c'est Hiéron.

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