ACTE IV, SCENE V. 4ç
RHADAMISTHE, à part.
[ à Arsame. ) Ah , perfide !
Prince, je voûtai cru parti pour la Colchide. Trop instruit des transports d'un père furieux, Je ne m'attendois pas à vous voir eu ces lieux : JMais, si près de quitter pour jamais Isménie, Vous vous occupez peu du soin de votre vie ; Et d'un père cruel quel que soit le courroux , On s'oublie aisément en des moments si doux.
Lorsqu'il faut au devoir immoler sa tendresse,
Un cœur s'alarme peu du péril qui le presse ;
Et ces moments si doux , que vous me reprocliez .
Coûtent bien cher aux coeurs que l'amonr a touchés.
.le vois trop qu'il est temps que le mien y renonce ;
Quoi qu'il en soit, du moins ^oîrt cœur me l'annonce.
Mais avant que la nuit vous éloigne de nous.
Permettez-moi, seigneur, de me plaindre de vouis.
A qui dois-je imputer un discours qui me glace?
Qui peut d'un tel accueil m'aturer la disgrâce?
Ce jour même , ce jour, il me souvient qu'ici
Votre vive amitié ne parloit pas ainsi.
Ce rival qu'avec soin on me peint infle^uLIé
ÎS'est pas de mes rivaux, seigneur, le p'iis terrible;
Et, malgré son courroux, il en est aujourd'hui.
Pour mes feux et pour moi, de plus cruels que lai.
Ce discours vous surprend : il n'est plus temps de feindre ;
La nature en mon cjeur ne peut plus se contraindre.
Ah I seigneur,plàtauxdieux qu'avec iamémeardeUT
Elle eût pu s'expliquer au fond de votrt cœur!
On ne m"eùt poatt ravi, sous un cruel mystère,
La douceur de connoître et d'embrasser n-.on frère.
jS^e vous dérob ;z point à mes embrassem^r^ts ;
Pourquoi troubler, seigneur, de si tendres liiomecls ?
CRÉBIT,I.03Î. a. 5 '
§o r.HAtJAMISTHE ET ZÉNOBIE.
Ali ! revenez à xnoi sous uu front moins sevcre , Et ne lu'accablez point d'une injuste colère. Il est vrai, j'ai brûlé pour ses divins appas ; Mais, seigneur, mai s mon cœur ne la connoissoit pa».
RHADAMISTHE.
Dieux! qu'est-ce que j'entends? Quoi! prince, Zénobie
Vient de votis confier le secret de ma vie?
Ce secret de lui-même est assez important,
Pour n'en point rendre ici l'aveu trop éclatant.
Vous connoissez le prix de ce qu'on vous confie,
Et je crois votre cœur exempt de perlidic.
Je ne puis cepcn Jaut approuver qu'à regret
Qu'on vous ait révélé cet important secret ;
Du moins, sans iDon aveu , l'on n'a point dû le faire ;
A mon exemple cniiu on devoit vous le taire ;
Et si j'avois voulu vous en voir éclairci ,
P'ia tendresse pour vous l'eût découvert ici.
Qui peut à mon secret devenir iuHdele
Ne peut , quoi qu'il en soit , n'être point criminelle.
.Te connois , il est vrai , toute votre vertu ;
Mais mou cœur de soupçons n'est pas moins combattu.
Quoi ! la noire fureur de votre jalousie , Seigneur, s'étend aussi jusques à Zénobie ! Pouvez-vous offenser...
ZÉNOBIE
Laissez agir, seigneur, Des soupçons en effet si dignes de son cœur : Vous ne connoissez pas l'époux de Zénobie , Ni les divers transports dont son ame est saisie. Pour oser cependant outrager ma vertu, Réponds-moi, Rbadamisthe, et de quoi te plains-tu.'* D- l'amour de ton frère? ab, barbare! quand inéme Mon cœur eût pu se rendre à son amour extrême ,