‹ Œuvres de CrébillonChapitre 22 sur 502 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

IDO MENÉE, S OP H RONY ME.

SOPHROIÎYME.

Que faites-vous, seigneur ? est-il temps que voire ame S'abandonne aux transports d'une honteuse flamme?

IDOMÉNÉE

Pardonne; tu le vois, la raison à son gré Ne règle pas un cœur par l'amour égaré. Je me défends en vain ; ma flamme impétueuse Détruit tous les efforts d'une ame vertueuse : D'un poison enchanteur tous mes sens prévenus Ne servent que trop bien le courroux de Ténus. Je sens toute l'horreur d'un amour si funeste; ?»Iais je chéris ce feu que ma raison déteste, liien plus, de ma vertu redoutant le retour. Je combats plus souvent la raison que l'amour.

SOPHRONTME.

Ah! seigneur, est-ce ainsi que le héros s'exprime? Est-ce ainsi qu'uu grand cœur cède au joug qui

l'opprime?

Le courroux de Vénus peut-il autoriser Des fers que votre gloire a dû cent fois briser? Parmi tant de malheurs , est-ce au vainqueur de Troie A compter un amour dont il se fait la proie? Qu'est devenu ce roi, plus grand que ses aïeux , Que ses vertus sembloient élever jusqu'aux dieux, Et qui , seul la terreur d'uce orgueilleuse ville , Cent fois aux Grecs tremblants lit oublier Achille? L'amour, avilissant l'honneur de ses travaux, Sous la honte des fers m'a caché le héros. Peu digne du haut rang où le ciel la fait naître. Un roi n'est qu'un esclave où l'Amour est le maître. N'allez point établir sur son foible pouvoir

46 IDOMILNEE.

L'oubli de vos vertus ni de votre devoir.

Que rameur soit en nous ou pencliant, ou vengeance,

La foiblesse des cœurs fait toute sa puissance.

Mais , seigneur, s'il est vrai que, maîtres de nos

cœurs, De nos divers penchants les dieux soient les auteurs. Quand même vous croiriez que ces êtres suprêmes Ponrroient déterminer nos cœurs malgré nousmêmes, Essayez sur le vôtre un effort glorieux ; C'est là qu'il est permis de combattre les dieux. Ce n'est point en faussant une auguste promesse, Qu'il faut coutre le ciel vous exercer sans cesse. 8e peut-il que l'Amour vous impose des lois.»* Et le titre d'amaut est-il fait pour les rois? Au milieu des vertus où sa grande ame est née , Doit-on de ses devoirs instruire Idoménée.'

IDOMÉNÉE

A ma raison du moins laisse le temps d'agir, Et combats mon amour sans m'en faire rougir. Avec trop de rigueur. ton entretien me presse : Plains mes maux.Sopbronyme, ou flatte ma foiblesse. A ce feu que Vénus allume dans mon sein , Recouuois de mon saug le malheureux destin. Pouvois-je me soustraire à la main qui m'accable? Respecte des malheurs dont je suis peu coupable. Pasiphaé ni Phèdre, eu proie à mille horreurs, IV'ont jamais plus rougi dans le fond de leurs cœurs. Mais, que dis-je? est-ce assez qu'en secret j'en

rougisse.

Lorsqu'il faut de ce feu que mon cœur s'affranchisse? Eh ! d'un amour formé sous l'aspect le plus noir, Daas mon cœur sans vertu quel peut être l'espoir? Ennemi, malgré moi, du penchant qui m'entraîne, Je n'ai point prétendu couronner Erixene. Je m'ôte le seul bien qui pouvoit réblouir}

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