‹ Œuvres de CrébillonChapitre 242 sur 502 · ACTE II, SCE^E IX · texte numérisé non relu

ACTE II, SCE^E IX

Qne l'e crains d'avoir part à de si justes plaintes !

Vous, mon frère 1 eh ! pourquoi vous confondrois-je,

hélas!

Avec taat ds vertus, parmi d?s cœurs ingrats? J'éprouverai long-temps uae injuste ci>Iere , Avant que je uie piaifftie un moment de mon frère ; Trop heureux que le s-jrt m'ait laisse la douceur De pouvoir dans son sein déposer ma douleur ! Quelque amoar que poni vous fasse éclater mon père, Il ue m'en rendra pas îiotre amitié moins chère. Si je jouis jamais du pouvoir souverain , Vous verrez si moa coeni vous la juroit en vain.

ART AX£ r. c t.

Ah ! seigneur, je vois bien que Darius ignore Tonte l'horreur des maux qui Tattendent encore. Je me reprocherois de laisser sou grand cœur Plus long-temps le jouet d'une fnuesfe erreur. C'est trop de vos boutes vous-même être victime ; Il faut vous découvrir ia main qui vous opprime. Et quelle maiii, grands dieuil mais qui, sans le

vouloir , De tontes vos vertus vous a ravi l'espoir. '~-

Coupable seulemeiit par mon obéissance, IVe me soupçonnez pas d avoir part à l'offense. Croyez que malgré moi l'on vous prive d'un rang Où vous placoient mes vœux eiîcor plus que le sang ; Croyez qu'eu me parant de ia grandeur suprême Xerxes u'a sur son choix consulté que lui-même. Et qu entin je ne veux souscrire aux dons do roi Qu'autant que vous voudrez en jouir avec moi.

DARIUS

Content par ma valeur d'en être jugé digtie. Je renonce sans peine à cet honneur insigne ; Et si je suis touche de quelque déplaisir, C'est de voir que mon frère ait osé s'en saisir^

94 XERXÊS.

Souffrir que l'on me fît une inoitelle injure.

Et vous ne voulez pas que mon cœur en murmure?

Malheureux que je suis ! faut-il, en même jour,

Voir s'armer contre moi la nature et l'amour ,

r.t me voir, par des mains qui me furent si chères,

Arracher sans honneur du trône de mes pères?

O sort! pour m'accabler te reste-t-il des traits?

ARTAXERCE

Ah! daignez, par pitié, m'épargner ces regrets.

DARIUS

Eh! pourquoi voulez-vous que je m'en prive encore. Lorsque tout me trahit, quand on me déshonore; Lorsqu'au lieu des bienfaits que j 'a vois mérités Je me vois accablé de mille indignités ; Lorsqu'un père cruel ose avec perfidie.

Sous des prétextes vains, m'éloigner de l'Asie, Troubler des nations qui ne l'offensoient pas. Bien moins dans le dessein d'agrandir ses états, Que pour me dépouiller avec plus d'assurance D'un sceptre dont mon bras est l'unique défense? D'autant plus irrité qu'à tout autre que vous J'aurois déjà ravi l'espoir d'un bien si doux; Mais d'autant plus contraint dans ma fureur extrême, Que je ne puis frapper sans me j)ercer moi-même. Je ne m'étonne plus de voir de toutes parts Mes amis éviter jusques à mes regards ; Une amante en courroux me traiter d'infidele : Un prince sans états n'étoit plus digne d'elle. Pour vous, je l'avouerai, que parmi mes ingrats, Après ce que je sens, je ne vous comptois pas. Cruel! en dépouillant mon front du diadème, Il ne vous reste plus qu'à m'ôter ce que j'aime. I/ibre de l'obtenir d'une superbe loi , Que ne m'arrachez-vous et son cœur et sa foi?

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