‹ Œuvres de CrébillonChapitre 249 sur 502 · ACTE III, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE II

A contraindre vos vœux mon amour s'autorise ; Je ne vonlois régner que pour me faire honneur " D'en être plus soumis au choix de votre cœur ; D'autant plus résolu de ne le pas contraindre, Que mou amour tremblant semble avoir tout à

craindre; Que je vous vois déjà détourner malgré vous Des veux accoutumés à des objets plus doux; Qu'enfin je ne vois rien qui ne me désespère. Que de maux , sans compter les vertus de mon frère !

Seigneur, il me fut cher ; je ne veux point nier Un feu que tant de gloire a dû justifier. Tant que l'ingrat n'a point trahi sa renommée, J'ai fait tout mon bonheur, seigneur, d'en être aimée : Je le ferois encor , si lui-même aujourd'hui N'avoit forcé ma gloire à se venger de lui. Arraçhez-moi, seigneur, à ce penchant funeste. J'y coTi^ v,s • vos vertus vous répondent du reste. Vous ne me verrez point opposer à vos feux Le triste souvenir d'un amour malheureux; Nul retour vers l'ingrat ne vous sera coutraire ; Moi-même j'instruirai votre amour à me plaire. Donnez-vous tout entier à ce généreux soin; Rendons de notre hymen un parjure témoin. "Vous pouvez assurer de mon obéissance Un roi dont aujourd'hui j'ai bravé la puissance. Allez tout préparer ; je vous donne ma foi De ne pas résister un moment à la loi.

ARTAXERCE

Non , je ne reçois point ce serment téméraire , En vain vous me flattez du bonheur de vous plaire, En vain votre dépit me nomme votre époux, Lorsque l'amour, d'un autre, a fait le choix pour

vous.

Je vous aime, Amestris; et jamais dans une ame ,

loo XERXÊS.

La vertu ne fit naître une plus belle ûamme ;

J'aurois de tout mon sanjf acheté la douceur

De pouvoir un moment ié2:ner sur votre coeur :

Mais quolqu'en obtenant le seul bien où j'aspire

Mon bonheur, quel qu'il soit, dût ici me suffire,

J'estime trop ce cœur pour vouloir aujourd'hui

Obtenir notre hymen d'nn autre que de lui.

Dût le funeste soin d'êclaircir ma princesse

Rallumer dans son cœur sa première tendresse,

Dussé-je enlin la perdre, et voir évanouir

Ce bonheur si charmant dont je pouvois jouir.

Je ne puis sans remords abandonner mon frère

Aux coupables transports d'une injuste colère.

S'il y va de mes feux à le sacrifier,

Il y va de ma p[loire à le justifier.

Je vous ai vu traiter Darius d'infidèle :

Je conçois d'oia vous vient une erreur si cruelle ;

Mais si vous av^iez vu ses transports comme aïoi.

Vous ne soupçonneriez ni son cœur ni sa '.oi.

Adieu, madame, adieu : quelque soin qui le guide,

Darius n'est ingrat, parjure, ni perfide ;

Croyez-en un rival charmé de vos appas :

Il me haïroit moins , s'il ne vous aimoit pas.

Page 1