SCENE VII
ARTAXERCE,DARIUS,AMESTRIS.
DARIUS
Ah ! madame, cessez de prendre ma défense ; Laissez aux dieux le soin d'appuyer l'innocence ; Cest rendre en ce moment mou rival trop heureux , Que de vous abaisser à des soins si honteux. Solliciter pour moi, c'est m'avouer coupable. Laissez, sans le flétrir, périr un misérable. Quand vous triompheriez de son inimitié. Ma vertu ne veut rien devoir à sa pitié. Puisqu'on m'a prononcé ma sentence mortelle, Parle, d'où vient qu'ici ta cruauté m'appelle P Que prétends-tu de moi dans ces moments affreux .' Est-ce pour insulter au sort d'un malheureux?
i32 XERXÊS.
T'a , crael , sois^content ; le ciel impitoyable Ne peut rien ajouter au destin qui m'accable. Jouis d'un sceptre acquis au mépris de mes droits; Soumets , si tu le peux , Amestris à tes lois ; Pour combler de ton cœur toute la barbarie Acbeve de m'ôter et l'honneur et la vie : Mais laisse-moi mourir sans m'offrir des objets Qui ne font qu'irriter mes maux et mes regrets. Je ne veux point, ingrat, dans ton ame cruelle Te rappeler pour toi mon amitié fidèle ; Rien ne me serviroit de t'en entretenir, Puisqu'il t'en reste à peine on triste souvenir. Rappelle seulement mes premières années.
Glorieuses pour moi, quoique peu fortunées; Cet amour scrupuleux ef des dieux et des lois ; Cet austère devoir signalé tant de fois ; Ces transports de vertu; cette ardeur pour la gloire Dont nul autre penchant n'a flétri la mémoire; Ce respect pour mon roi , que rien n'a pu m'ôter : C'est avec ces témoins qu'il me faut confronter; Non avec Artaban, souillé de trop de crimes Pour donner de sa foi des parants légitimes ; Qui pour t'en imposer ne produit contre moi Qu'un poignard désormais peu digne de ta foi. « Amestris, m'a-t-il dit, doute encor de mon zcle; « Ce fer peut me servir de garant auprès d'elle ; « Un moment à mes soins daignez le coniier ». Mais c'est trop m'abaisser à me justifier. Tout est prêt, m a-t-on dit : adieu, barbare frère, Plus injuste pour moi que ne le fut .mon père : Les dieux te puniront un jour de mes malheurs. Tu détournes les yeux ! je vois couler tes pleurs! Hélas ! et que me sert que ton coeur s'attendrisse, Tandis que ta fureur me condamne au supplice.** Quel opprobre, grands dieux î et quelle indignité i Au supplice! qui.** moi! lavois-je mérité?