SCENE III
MERMÉCIDE, BÉLUS, MADATE.
Mais qui vient nous troubler? quelle indiscrète
audace î Que vois-je? Mermécide , est-ce toi que j'embrasse ? Ah, cher ami ! le jour qui te rend à mes vœux Ne sauroit plus pour nous être qu'un jour heureux. Du sort de Ninias ton retour va m' instruire...
MERMÉCIDE.
Plaise au ciel que ce jour qui commence à nous luire N'éclaire pas du moins le sort le plus affreux Qui puisse menacer un cœur si généreux ! Seigneur, n'attendez plus d'une recherche vaine Un prince dont la vie est assez incertaine. Depuis dix ans entiers je parcours ces climats; J'ai fait deux fois le tour de ces vastes états. J'eusse dû mieux veiller depuis cette journée Où par vous Ténésis à Sinope amenée, A la face des dieux, dans un bois consacré, Au roi de l'univers vit son hvmen juré : Je crus que sa beauté, qui devaiicoit son âge, Fléchiroit vers l'amour ce jeune et fier courage; Mais je ne vis en lui qu'une bouillante ardeur ; Déjà sa destinée entrainoit ce grand cœur. Je fis pendant dix ans des efforts inutil'^s Pour remplir Ninias de désirs plus tranquilles. -Son cœur ne respiroit que l'horreur des combats; Il rougissoit souvent de me voir sans états; Déjà, peu satisfait de n'avoir qu'un tel père, Il sembloit de son sort pénétrer le mystère : Eoiîn il disparut, et je le cherche eu vain. jNiais ;,îeigneai-, de Bélus quel sera le destin.'
i4» StMIRAMIS.
Hier, sans me fixer une route certaine, Eu attendant la mût dans la forêt prochaine , Je vis un corps sanglant étendu sous mes pas, Qu'un reste de chaleur dérohoit an trépas : .l'eu approche aussitôt ; jugez de ma surprise Lorsque dans ce mourant je trouvai Mégabise. Il méconnul long-temps ma secourahle main-; Mais ses regards sur raoi s'arrètant à la fin : « Que vois-je? me dit-il; est-ce vous, Mermécidc, o Qui, le cœur indigné des fureurs d'un perfide, « Venez pour ronserver les restes de ce sang « Que le cruel iMadate a tiré de mon flanc? a C'est ainsi que Relus traite un ami fidèle ». A ces mots, peu content du succès de mon zèle, Peut-être que la main qui prolongeoit ses joujs, Plus prudente, bientôt en eût tranché le cours, Si de quelques soldats la troupe survenue ]Se m'eût forcé de fuir leur importune vue. Si Mégabise vit , nous sommes découverts.
B £ L V s , h J\îcfJate.
Trop prévovant ami, qu'as-tu fait ': tu nous perds.
MEKMÉCIDK.
Non, seigneur; il ne faut que prévenir la reine. C'est à nous désormais à servir votre haine. Si Ninias n'est plus, c'est à vous de régner. Vous me voyez tout prêt à ne rien épargner , A voHS immoler même un guerrier redoutable, Imprudent défenseur d'une reine coupable. Vous n'avez qu'à parler, seigneur, et cette main ^ Va percer dès ce jour et l'un et l'autre sein. J'entends du bruit; on vient : c'est la reine ellemême.
B ÉLUS
Fuis , Mermécidc, fuis; le péril est extrême. Sa haine trop avant t'a gravé ^ans son cœur. Pour abuser dvs yeux qu'instriuroit sa fureur.