ACTE ï, SCESE II
Couroaner une femme et s'imposer ses lois. Tu sais comme ce prince , autrefois si terrible , Devenu foible amant de monarque invincible, Perdu d'un fol amonr pour mon indlîfne soeur. Osa de »«)n rivant s'en faire un successeur. Rien ne pur me contraindre à celer ma pensée Sur ce ooupabJe eT<îès d'une flamme insensées Mais je voulus en vain déchirer le bandeau; L'amour avoit juré ce prodige nouveau.
Tu sais quel prix suivit le don du diadème , Et lessai que ma soeur fit du pouvoir suprême. Ninus fut égorg^é , sans secours , sans amis. Au pied dtr m^niî' trône on Ninus fat assis; Et, pour comble d'hf)rreurs, je vrs la conr souscrire Aux noirs commencemtfnts de ce nouvel empire. Pour moi, je renfermai mon courroux dans mon
cœor, Où les dietix-Font laissé vivre de ma douleur : Mais redoutaiit toujours, après son parricide , De nouveaux attentîrts d'une reine perfide. Je lui ravis son fils^, c? dep'Vt précieurs; , Que me cache à son tour is colère des dieux. Je m'étois'appercO que sa cruelle raere Craignoit dé voir en lui croitre un v^eugeur sévère ; J'engageai Mermécide à sauver de la cour Ce trage malheureux d'un trop funeste amour. Tu dois avoir ccmnti ce fameux Mermécide, Sa farouthe'l^er-tu, son courage intrépide: Il fit passer loBjr-tLTnps Nima^s pour son fils; Mais ce secref parvint jusrju'â Sémiramis.
Sei*neur, et par quel sort, dévtiiiant ce mystère, îî'a-t-elle point porté ses s^tupcons sur son frère?
J'employai tant de soins à calmer ta fureur , Que je ne fus jamais moins suspect à son cœur: criiBii.1.0».. 2. 1 3
146 SÉMIRAMIS
Mais, craiguant le courroux dont elle éloit saisie,
JMcrmécide courut jusqu'.'iu fond de l'Asie
Cacher daus les déserts ce pupille sacré,
Qu'à ses fidèles raaius la mienne avoit livré.
Cependant, pour tromper une mère cruelle.
De la mort de son lils je semai la nouvelle :
On la crut ; et bientôt j'eus la douce ux de voir
Mes projets réussir au gré de mou espoir.
Ninias qui croissoit, liéros dès son enfance ,
Piéchauffoit chaque jour le soin de ma vengeance.
Tu sais, pour occuper mon odieuse sœur,
Tout ce que jai tenté dans ma juste fureuj" ;
Par comliien de détours , armé contre sa vie ,
•T'ai de fois en dix ans soulevé l'Assyrie.
Je fis plus : tu connois ma fille Téncsis ,
Délices de Beius et de Sémiramis ,
Qui , l'entrainant par-tout où l'entraînent ses armes ,
L'élevé, malgré moi, dans le sein des alarme».
Et que rien jusqu'ici n'en a pu séparer.
Mes dégoûts sur ce point n'osant se déclarer.
D'elle et de Ninias par un saint hyménée
Je formai le dessein d'unir la destinée,
Pour rendre encor mon cœur par un lien si doux
Plus avide du sang qu'exige mon courroux.
Près de Sinope enfin je conduisis ma fille.
Ce reste précieux d'une illustre famille ;
Là- dans un bois atîx dieux consacré dès long-temps
.Tunis par de saints nœuds ces augustes enfants.
L'un et l'autre tonchoient à peine au premier lustre
Quand je serrai les nœuds de cet hymen illustre ;
Avec tant de mystère on les unit tous deux ,
Que tout, jusqu'à leur nom, fut un secret pour eux.
Depuis vingt ans mes yeux n'ont point revu 1 e prince;
On le cherche sans fruit de province en province :
Depuis dix ans en vain Mermécide a couru
Après ce fils si cher tout-à-ccup .disparu.