ACTE II, SCENE II. lûo
r.jar ne pas s'attirer .un iojuste mépris.
AGF. N,OR.
Les dieux, pour ajouter à sa grandeur suprême ,
Inseat-ils dans ses mains mis leur puissance même ,
Il est pour Agénor ua tien plus précieux
Que toutes Les grandeurs de larreine et des dieux.
Ma ls,puisqne, maigre raoi,vousavezpum*apprendre
Ce dangereux secret que je craignois dentendre,
Madame , permettez que mqn roeur à son tour
Ei\îre la reine et vous s'explique sans détour.
.1 aime, je l'avouerai: mon courage inflexible
iN "a pu me préserver d'en penchant invincible ;
Un regard a suffi pour mettre dan» les fers
Celui qui prétendoit y mettre l'univers.
.f aime; le digne objet pour qui mon cœur soupire,
<}uoiquil ne brille point par l'éclat d'un empire,
A'eu mérite pas moins par sa seule beauté
Tout l'hommage qu'on rend à la divinité ;
Le ciel mit dans son coeur la vertu la plus pure
Dont il puisse enrichir les dons de la natuie :
,1 ngez à ce portrait , que j e n'ai point flatté ,
Si le nom de la reine y peut être ajouté.
Vous me vantez en vain son rang et sa tendresse ;
En vain à la servir votre bouche s'empresse ;
Que pourroit-elle, hélas ! me dire en sa faveur
Que vos yeux aussitôt n'effacent de mon coeur.'
Ah ! ne les armez point dune injuste colère ,
Princesse ; mon dessein n'est pas de leur déplaire :
Les miens ne sont ouverts que pour les admirer,
Et mon coeur n'étoit fait que pour les adorer.
T i jr É s I s.
.Te n'ai que trop prévu que lamour de la reine Exciteroit en vous une audace si vaine, Et, mesurant bientôt tous les coeurs sur le sien. Que parmi l^s vaincus vous compteriez le mien. Fier de tant de hauts faits , vous avez cru peut-être
'^'^ SÉMIRAMIS. f
Que la seule ralenr vous en rendioit le maître ; Mais si jamais l'amour le soumet à vos lois , X:e sera le plus graud de vos fameux exploits. Vinjît royaumes conquis, l'Egypte subjuguée, 1/ Afrique en ses déselts piar vous seul réléguée, ÎS'ont que trop signalé' votre invinciLle cœur. Sans enchaîner le mien au char de leur vainqueur. Seigneur, et quel espoir a donc pu vous promettre Qu'à vos désirs un jour vous pourriez le soumettre.' Car si vous n'en eussiez jamais rien attendu, Vous auriez mieux gardé le respect qui m'est du. J'estimois vos vertus, et ce n'est pas sans peine Qa€ je vous vois chercher à mériter ma haine, .le ne vous parle point du péril où vos feux Exposent tous les miens , et moi-même avec eux : Vous l'auriez dû prévoir; une plus helle flamme De ce soin généreux eût occupé votre ame. •Te veux bien vous cache*' d'antres secrets encor, Plus terribles cent fois pour l'amour d'Agénor : Mais si TOUS eu voulez pénétrer le mystère. Daignez, si vous l'osez, interroger mon père. Il vient : vous en pourrez mieux apj.rendre aujourd'hui Ce qu'il faut espérer de sa fille et de lui.
( elle sort. )
AGÉNOR, seul.
Qu'entends-je? quel mépris ! Ah ! c'en est trop ,
ingrate ; Vous n'abuserez plus d'un amour qui vous flatte.