‹ Œuvres de CrébillonChapitre 310 sur 502 · ACTE III, SCEINE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCEINE IV

Et que m'importe à moi ce fo.rfait odieux? Est-ce-à moi sur ce point de prévenir les dieux ? Pour vous charger ici du soin de son supplice , Est-ce à vous que le ciel a commis sa j ustice ? Seigneur, dans ses desseins votre cœur trop ardent l^e cache point assez le piège qu'il me tend; De vos divers complots la trame découverte Vous fait de votre sœur vouloir hâter la perte;. Dans le dessein affreux d'attenter à ses jours Vous voulez lui ravir son unique secours. Cessez de me flatter que l'univers madmire, Pour m'en faire un devoir de refuser l'empire, De rejeter l'honneur d'un hymen glorieux...

Dites plutôt, seigneur, d'un hymen odieux. Oui, je veux vous ravjr ce honteux diadème. Vous ôter à la reine et vous rendre à vous-même,' PcClenir la vertu qui fuit de votre sein. De ma fille et de moi vous rnidre digne enfin. Je vois où malgré vous le dépit vous entraîne ; Mais je veux qu'en héros la raison vous ramené, Dussé-je en suppliant erahrasser vos genoux, .le ne vous nierai pas que j'ai besoin de vous : C'est en dire beaucoup pour une ame assez fiere Que l'on ne vit jamais descendre à la prière ; Et si je m'en rapporte au bruit de vos vertus. C'est en dire encor plus pour vous que pour Bélus. Croyez que le désir de sauver une vie , Qui malgré tous vos soins pourroit m'ètre ravie , N'est pas ce qui m'a fait vous appeler ici ; Ne me soupçonnez point d'un si lâche souci; Foibles raisons pour moi : mon cccur en a bien

d'autres.

Que je veux er,sayer de rendre aussi les vôtres. Dussiez-vous révéler mes secrets à ma sœur.

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Je vais vous découvrir jusqu'au fond de mon cœur. Quelque soiu qui pour elle ici vous intéresse, Je n'exige de vous ni serment ni promesse. Quel péril trouverois-je encore à m'expliquer ? Je n'ai plus rien à perdre , et j'ai tout à risquer. De mon indigne sœur la mort est assurée ; Malgré les dieux et vous mon courroux l'a jurée : Oui, seigneur, et ce jour terminera les siens, Deviendra le plus grand ou le dernier des miens: Les conjurés sont prêts ; leur troupe audacieuse Portoit jusque sur vous une main furieuse Si je n'eusse arrêté leurs complots inhumains. Quoique vous seul ici traversiez mes desseins , La vertu sur mon cœur fut toujours trop puissante Pour pouvoir immoler une tête iniioceute ; Mais je ne puis souffrir qu'avec tant de valeur Vous vous déshonoriez à protéger ma sœur. Si je vous haissois, votre mort est certaine ; .le n'ai qu'à vous livrer à l'hymen de la reine ': Mais je veux vous raA'ir à ce honteux lien, Et pour y parvenir je n'épargnerai rien. Abandonnez la sœur, je vous réponds du frère. Dites-moi, Ténésis vous est-elle encor chère .^

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