‹ Œuvres de CrébillonChapitre 309 sur 502 · RELUS, AGÉNOR · texte numérisé non relu

RELUS, AGÉNOR

C'est l'étranger. Que de trouble à sa rue S'élève lout-à-coup dans mon ame éperdue !

( à Agénor. ) N'est-ce point abuser des moments d' Agénor Que de vouloir ici l'entretenir encor.-' Seigneur , sans me flatter d'une vaine espérance , Puis-je attendre de vous un peu de confiance.'' Après un entretien mêlé de tant d'aigreur, Puis-je en espérer un plus conforme à mon cœur?

A o É N OR.

Dès qu'il en bannira l'orgueil et la menace , Qu'il n'ira point lui-même exciter mon audace, Bélus peut-il penser qu Agénor aujourd'hui Manque de confiance ou de respect pour lui.-*

BÉLUS

Je vais donc avec vous employer un langage Dont jamais ma fierté ne me permit l'usage. Je vois sur votre front une auguste candeur, Don du ciel, que n'a point démenti votre cœur, Qui semble m'inviter à vous ouvrir sans crainte Celui d'un prince né sans détour et saL^j f'?inte. Mais avant qu'à vos yeux de mes desseins secrets Je développe ici les sacrés intérêts,

174 SE MTR AMIS.

Il m'importe, seigneur, de regagner l'estime D'un cœur que je ne puis croire que magnanime. Vous avez cru sans doute , instruit de mes desseins, Que lambition seule avoir armé mes mains. En effet, à me voir appliqué sans relâche Aux malheureux complots où mon courroux m'attache.

Qui necrniroit, seigneur, du moins sans m'offenser, A de honteux soupçons pouvoir se dispenser ? Mais ce n'est pas sur moi, qu'aucun désir n'enflamme, C'est sur les dieux qu il faut en rejeter le blâme. La fureur de régner ne m'a point corrompu; Je régnerois, seigneur, si je l'avois voulu. Si n\a sœur elle-même avoit régné sans crime, Si sur moi son pouvoir eût été légitime, Ou si pour la punir d'un parricide affreux Les dieux avoient été plus prompts, plus rigoureux. Tous ne me verriez point attaquer sa puissance. Ou sur ces dieux trop lents usurper la vengeance: JMais ils m'ont de leurs soins dénié la faveur, Comme si c'étoit moi qu eût offensé ma sœur. Ou que je dusse seul embrasser leur querelle. Je ne suis que pour eux, ils ne sont que pour elle. Mais vous, qu'à mes desseins j'éprouve si fatal Lorsque vous devriez en être le rival, Avec une vertu que l'univers révère , Qui devroil d'elle-même épouser ma colère , .le ne vois qu'un héros protecteur des forfaits, (>ui se laisse entraîner au torrent des bienfaits : Car ne vous flattez point qu'avec quelque innocence Yous puissiez de mu sœur embrasser la défense. Eh ! comment se peut-il qu'épris de Ténésis Vous ayez pu , seigneur, ser^*ir Sémirami*? Quel étoit doue l'espoir du feu qui tous anime? Toiis saviez mes picjets ; ignorez- vous son crime ?

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