ACTE III, SCENE VI
Quoiqu'elle m'ait appris que son hymen s'apprête. Mais quels apprêts, grands dieux, pour une telle fête ! Que mon cœur, alarmé de tout ce que je voi. En conçoit de douleur, et de trouble, et d'effroi! D'un son tumultueux tout ce palais résonne ; Et je sais qu'en secret la reine vous soupçonne.
Ma fille , elle fait plus que de me soupçonner, Et de bien d'autres cris ces lieux vont résonner. Que ces tristes apprêts qui causent vos alarmes Vont vous coûter encor de soupirs et de larmes , Ma chère Ténésis ! On sait tous mes projets, Et c'est contre moi seul que se font tant dapprêts.
T É >' É s I s, Pourquoi donc en ces lieux vous arrêter encore ? Souffrez que pour vous-même ici je vous implore; Fuyez, daignez du moins tenter quelque secours Qui d'un père si cher me conserve les jours. Mais un reste despoir me Hatte et vient me luire ; Je crois nreme, seigneur, devoir vous en instruire. Agénor a pour moi témoigné quelque ardeur Que n'aura point peut-être étouifé ma rigueur. Ainsi que sou pouvoir sa valeur est extrême. Que ne fera-t-il point pour plaire à ce quil aime.'
B É L us.
Agénor! ah! malîlle, il n'y faut plus penser. L'insolent î à quel point il vient de m'offenser I Ténésis, si c'est là votre unique espérance, Vous me verrez bientôt immoler sans défense. Te veux à votre gloire épargner un récit Qui ne vous causeroit que honte et que dépit. Au maître des humains je vous avois unie. Apres m'être flatté d'une gloire infinie, Il m'a fallu descendre à des nœuds sans éclat; Et d'un soin si honteux je n"ai fait qu'un ingrat. JMa nlle, on vous préfère une reine barbare;
i8o SÉMIRAMIS. "
Contre vous , contre moi , pour elle on se déclare : Je me suis abaissé jusques à supplier ; Mais qu'un vil étranger vient de m'humilier !
Je vous connois tous deux ; violents Tunet l'autre , Son cœur fier n'aura pas voulu céder au vôtre : Une timide voix saura mieux le fléchir. Je n'examine rien s'il peut vous secourir : ,
Souffrez pour un moment que je m'offre à sa vue.
Ma fille, il n'est plus temps, sa perte est résolue; Plus que les miens ici ses jours sont en danger; De ses lâches refus son sang va me venger. Adieu. De ce palais, où bientôt le carnage Va n'offrir à vos yeux qu'une effroyable image , Fuyez, dérobez- vous de ce funeste lieu, Où je vous dis peut-être un étemel adieu.