ACTE III, SCENE VIL i8i
Malheureuse, malgré ta tendresse trahie, Dis qu'il t'importe encor plus que ta propre vie , Et que l'ingrat lui seul occupe plus ton cœur Qu'un père infortuné n'excite ta douleur. Non, non, malgré Bélus, il faut que je le voie. De leur hymen du moins je veux troubler la joie, M'offrir à leurs regards l'œil ardent de courroux - Les immoler tous deux à mes transports jaloux. Hélas ! que ma douleur tromperoit mon attente ! L'ingrat ne me verroit qu'affligée et mourante , Loin de les immoler, me traîner à l'autel. Et moi-même en mon sein porter le coup mortel, De leur hymen offrir pour première victime Un cœur qui, sans amour, auroit été sans crime. Ah, lâche I si tu veux t'immoler en ce jour, Que ce soit à ta gloire, et non à ton amour! N'importe, il faut le voir ; un repentir peut-être A mes pieds malgré lui ramènera le traître : Pour mon père du moins implorons son secours, Lui seul peut m'assurer de si précieux jours; Heureuse que ce soin puisse aux yeux d'un parjure Voiler ceux que l'amour dérobe à la nature !