ACTE IV, SCEXE II. iS
3Se doit pas éviter l'abord des malheureux. Hélas ! je ne viens point pour ti^oubler par mes larme» Un hymen qui pour vous doit avoir tant de charmes; Yous ne me verrez point, contraire à vos désirs, A des transports si doux mêler mes déplaisirs ; Je viens, seigneur, je viens, tremblante pour un père, Confier à vos soins une tète si chère. Embrasser vos genoux, et d'un si ferme appui Implorer le secours, moins pour moi que pour lui. Je ne demande point qu'à la reine infidèle. Pour sauver des ingrats, vous vous armiez contre elle: Tant d'espçir n'entre point au cœur des malheureux j Ils ne savent former que de timides vœux. Non, d'un amour jure sous de si noirs auspices Je n'attends plus, seigneur, de si grands sacrifices : Hélas ! qui m'auroit dit qu'après des soins si doux Je viendrois sans succès tomber à vos genoux , ■Qu'on ne me répondroit que par un froid silence? Ah! d'un regard du moins rendez-moi l'espérance. Ne suffisoit-il pas du refus de ma main. Sans me plomger encor le poignard dans le sein .' Daignez prendre pitié dune triste famille ; N'immolez pas du moins le père avec la fille,
Ah! ne m'outragez point par cet indigne effroi ; Si j'immole quelqu'un, ce ne sera que moi. N'accablez point vous-même un amant déplorable , Plus malheureux que vous, peut-être moins coupable. Hélas ! où, malgré moi, m'avez-vous engagé? Dans quel ^byme affreux vos rigueurs m'ont plongé! Il est vrai qu'au dépit mon ame abandonnée A voulu se venger par un prompt hyménée. J'ai fait plus : un devoir sacré , quoique inhamain. M'a fait avec fierté rejeter votre main ; Mais on en exigeoit pour prix un sacrifice Dont jamais ma vertu n'admettra l'injustice ;
i84 SEMIRAMIS.
Et, si je vous avois acceptée à ce prix , Vous-même ne m'eussiez reçu qu'avec mépris.^ Ce n'est pas que mon cœur, rebuté de sa cliaîne , Se soit un seul moment écarté vers la reine ; J'aurois trop à rougir si pour Sémiramis J'avois abandonné l'aimahle Ténésis :
Je la perds cependant si je lui suis fidèle; Si je lui saci'ifie une reine cruelle, Je ne suis plus qu'un cœur sans honneur et sans foi : Sceptre,maitresse, honneur, tout est perdu pour moi. Adieu, madame, adieu: je vais loin de l'Asie Signaler la fureur dont mon ame est saisie ; Mais avant mon départ je sauverai Bélus, Je sauverai la reine, et ne vous verrai plus. A des périls trop sûrs c'est exposer ma gloire Que d'oser à vos yeux disputer la victoire.
TÉNÉSIS.
Hélas! malgré les soins de ce que je me doi,
Que la mienne, seigneur , sera triste pour moi !
Qu' Agénor frémiroit de mon destin barbare ,
S'il savoit comme moi tout ce qui nous sépare,
Et de combien d'horreurs nos cœurs sont menacés !
Mais, sans vous informer de mes malheurs passés,
Je ne souffrirai point qu'une flamme si belle,
Dont je mérite peu l'attachement fidèle.
Pour tout prix des secours que j'implore de vous,
Vous fasse renoncer à l'espoir le plus doux.
Quoi qu'il m'en coûte, il fautvous donnera la reine;
Je veux former moi-même une si belle chaîne,
Ne pouvant vous payer que du don de sa foi :
Mais croyez, si ma main eût dépendu de moi.
Que j'aurois fait, seigneur, le bonheur de ma vie
De voir à vos vertus ma destinée unie.
Et , si jamais le sort pouvoit nous rapprocher,
Que votre cœur n'auroit rien à me reprocher.
.le ne vous nierai pas, seigneur, ^ae je vous aime;
'ACTE IV, SCENE II. ï85
Je trouve à vous le dire une douceur extrême , Et Tamour n'a point cru déshonorer mon cœur En y faisant pour vous naître une vive ardeur : ÏVIais, liélas ! cet aveu, si doux en apparence , Wen doit pas plus, seigneur, flatter votre espérance. Je ne sais point former de parjures lieus : Quoiqu'un Age bien tendre ait vu serrer les miens , Il n'en est pas moins vrai qu'un funeste hyraénée Aux lois d'un autre époux soumet ma destinée.
A G É rf o R.
Tous, madame ?
TÉ XÉ SIS.
Et j'ai cru devoir vous révéler Ce qu'ici vainement je voudrois vous celer. Ce seroit vous tEahir...