ACTE I, SCE>'E II. jt
Tout ce que j'avois fait en faveur de Pyrrtus , A suivi le succès d'une lâche victoire. Que le tvran obtint et poursuivit sans gloire ; Et, pour comble de maux, seig^neur, je vous revoi Parmi des ennemis sans honueur et sans foi. Puis-je, sans succomber à ma frayeur extrême, Toir le roi d'Illyrie avec Néoptolême ?
G I. A U CI A s.
Calme le vain effroi dont ton coeur est saisi,- Un intérêt plus grand doit le toucher ici. Mes pertes, mes périls n'ont rien d'assez teriible Pour un roi que l'honneur éprouve seul sensible. Tu ne sais pas encor jusqu'où va mon malheur ; Apprends tout. Mais, avant que de l'ouvrir mon
cœur, Prends garde si quelqu'un ne pourroit nous entendre.
Pyrrhus avec le jour prés de moi doit se rendre. Le soleil va bientôt se montrer à nos yeux, Et c'est Pyrrhus sur-tout que je crains en ces lieux.
ATVDROCLIDE.
Vous me parlez toujours d'un roi que je révère. Tous savez à quel point je fus chéri du père. Lorsque rséoptoléme, arme contre ses jours, Par un noir parricide en eut tranché le cours , Yons savez que c'est moi qui, trompant le perfide, Sauvai de sa fureur les enfants d'Aeacide. Je vous remis Pyrrhus encor dans le berceau. Qui , pour lui , sans vos soins, t-ùt été son tombeau. Pénétré des malheurs qui l'avoient poursuivie. Tous jurâtes , seigneur , de défendre sa vie : Mais depuis que Pyrrhus est en votre pouvoir, Il ne m'a pas été permis de le revoir ; Et c'est des immortels le seul bien que j'implore.
GLAUCIAS.
Tu l'as TU mille fois , tu ras le voir encore.
Tes yeux peuvent-ils bien se méprendre a PyrrLus?
Quoi ! tu peux méconnoître, en voyant Hélénus ,
La majesté des traits du redoutable Achille,
Sa fierté , sa valeur , son courage indocile ,
Un héros, en un mot, si digue de celui
Dont le nom seul encor fait trembler aujourd'hui ;
Qui n'a point démenti le sang qui l'a fait naître
( Il en est digne autant qu'un mortel le peut être ) ;
Qui reçut dans son cœur, avec le sang des dieux,
Tout l'éclat des vertus que l'on adore en eux;
Qui fit à l'univers , dès Vkç.e le plus tendre ,
Par un nouvel Achille oublier Alexandre !
Du nom de ses aïeux s'il n'est pas informé,
Son grand cœur se sent bien du sang qui l'a formé.
Il passe pour mon fils, et ma tendresse extrême
Redouble chaque jour pour cet autre moi-même.
Mais, hélas ! que lui sert ma funeste amitié.
Quand les dieux et le sort sont pour lui sans pitié?
ANDROCLIDE.
J'ai toujours soupçonné, malgré votre silence, Que Pyrrhus, en secret élevé dès l'enfance, Sous le nom d'Hélénus cachoit dans votre fils Le précieux dépôt que je vous ai remis. Mais, seigneur, quel péril si pressant le menace, Lui dont tout l' univers craint le bras et l'audace? Pyrrhus est-il de ceux pour qui l'on doit trembler?
(i ly A U CI A s .
Le coup est cependaut tout prêt à l'accabler. Tu sais, lorsqu'llélénus eut reconquis l'Epire Qui fut de ses aïeux le légitin^e empire, Que je te confiai le soin de conserver Ces états qu'en sceret j'avois fait soulever , Et dont enfin je fis sortir Néoptolêjne. Héléuu*, n'écoutant que son ardeur extrême, Poursuivit l'inhumain qui fuyoit devant lui. Gas^ander le reçut, et devint son appui ;