‹ Œuvres de CrébillonChapitre 338 sur 502 · ACTE I, SCENE II. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE II. i

Cassander, de tout temps enuemi d'Aeacide, Arma pour soutenir son ami parricide :

Mais ils crurent en vain arrêter le vainqueur ; Hélénus remplit tout de carnage et dhorreur, Les atteignit enfin vers les murs d" Amhracie ; Lieu fatal I jour funeste au repos de ma vie ! Hélénus , plein d'ardeur et l'œil étincelanl , N'avoit jamais paru ni plus fier, ni plus grand. Mais s'il fit voir alors Achille formidable. Il ne nous fit pas voir Achille invuluérable ; Il fut blessé. Mon fils, jaloux de sa valeur, Crut pouvoir par lui seul réparer ce malheur, Et poursuivre sans crainte une sûre victoire Dont Hélénus devoit s'attribuer la gloire ; Mais ce fut pour servir de triomphe au vainqueur : Il fut défait et pris. Juge de ma douleur Quand Je vis Illyrus tomber en la puissance De ceux qu'au désespoir réduisoit ma vengeance. A peine je rendis un reste de combat : Hélénus languissoii, et manquoit au soldat, Qui, l'ayant vu couvert de sang et de poussière , Et croyant qu'il touchoit à son heure dernière, Malgré mes vains efforts plia de toutes parts ; Et je me crus enfin, après mille hasards, Trop heureux de pouvoir regagner l'Illyrie, Moi qui me préparois à conquérir l'Asie.

ANDROCLIDE,

L'état où j'ai trouvé votre peuple réduit

De ce cruel revers ne m'a que trop instruit.

Mais quel que soit ici le sort qui le menace,

Vous pouvez d'Illyrus réparer la disgrâce.

Seigneur, dès qu' Hélénus survit à ce malheur.

Quelle perte pourroit étonner votre cœur?

Je ne vois point entsor ce que vous devez craindre,

GI.XUCIAS.

Écoute , et tu verra» si mon sort est à plaindre.

r.RÉRILI.OW. 3. 2

î4 PYRRHUS.

Méoptoléme, enflé de ses heareux succès,

Prétend s'en assurer le fruit par une paix.

Il sait que Pyrrhus vit, et que j'en suis le maître;

Que son intérêt seul m'arme contre le traître :

Il m'a fait proposer de lui livrer Pyrrhus,

Qu'il mettoit à ce prix le salut d'Illyrus ;

Mais que , pour épargner mon honneur et ma gloire,

Et ne me point souiller d'une action si noire

Qui décréditeroit et mon nom et ma foi,

Cet article seroit entre lui seul et moi.

Dans ce cruel séjour voilà ce qui m'amène.

Lysimachus, qui veut terminer notre haine,

S'est de lui-même offert pour garant du traité:

Néoptoléme et moi nous l'avons accepté ;

Tous deux depuis huit jours dans les murs de

Byzance , Nous nous sommes tous deux remis en sa puissance. Enfin Lysimachus, garant de notre paix, A de soldats sans nombre investi ce palais ; Nul n'en sauroit sortir sans un ordre suprême Qui vienne de ma part ou de Néoptoléme, Qu'on laisse cependant disposer de mon fils : Mais le barbare y met un trop indigne prix. Il veut plus , il prétend s'unir à ma famille ; Fier du penchant qu'il voit en mon fils pour sa fille, Il prétend qu'elle soit le lien d'une paix Qu'aux dépens de Pyrrhus on ne verra jamais. Non, je ne puis souffrir qu'une si belle vie Serre les nœuds sanglants de l'hymen d'Erieie; Et ce même Pyrrhus met au rang de ses dieux L'objet qui de son sang est le prix odieux.

ANDROCLIDE.

Pourquoi l'ameniez-vous en ce séjour funeste? Quels sont donc vos desseins? et quel espoir vou.s reste?

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