GL A V CI AS
Ah, cruel I arrêtez : puisqu'il vous faut un gage, Si c'est peu de ma foi , prenez-moi pour otage ; Je suis prêt à vous suivre en ces mêmes clixaat» Où j'ai porté cent fois la flamme et le trépas. Si ce n'est pas assez de vous céder un trône , Prenez encor le mien, et je vous l'abandonne : Mais ne réduisez point un prince vertueux A trahir en Pyrrhus son honneur et ses dieux. Quand je reçus ce prince échappé de vos armes, Son berceau fut long-temps arrosé de mes larmes. Je regardai Pyrrhus comme un présent divin Que le ciel m'ordonnoit de cacher dans mon sein. Enfin, Pyrrhus m'est plus que si j'étois son père; Je répondroiô aux dieux d'une tète si chère.
3o PYRRHUS.
Les serments les plus saints ont répondu de mol,
Et je mourrois plutôt que de trahir ma foi.
Il n'est fils ni sujets que je ne sacrifie
Au soin de conserver sa déplorable vie.
Eh bien ! vous pouvez donc , au sortir de ce lien. Aller dire à ce fils un éternel adieu.
Pour dérober ce fils à ta main meurtrière, Je me suis abaissé jusques à la prière; Mais c'est trop honorer un l;'iche tel que toi Que de lui témoigner le plus léger effroi. •Te brave ta fureur, si tu braves ma plainte : Un monstre doit causer plus d'horreur que de
crainte. Délivre ou perds mon fils, je le laisse à ton choix, Et je cours l'embrasser pour la dernière fois. Oui, barbare, je vole à cet adieu funeste : Mais toi , tremble en songeant au vengeur qui me
reste.