ACTE II, SCENE V
Nos malheurs, il est vrai , voas en ont rendu maître , Et tant que vous vivrez vous pourrez toujours Tètre. Je doute cependant quon vous laisse jamais Le droit d'en disposer au gré de vos souhaits. Mon hymen , ou celui du prince dillyrie , Pourra vous garantir et le sceptre et la vie ; Mais Pyrrhus, apri-s vous reprenant tous ses droits, A rÉpire, seigneur, doit seul donner des lois. Qui peut lui disputer alors ce diadc-me? Et, malgré mon amour, savez-vous si moi-même Je pourrois consentir a l'en voir dépouiller, Et d'un trône usurpé ma gloire se souiller?
>ÉOPTOLÈME.
Et quel est donc le but de la paix qu'on demande, S'il .'ant que de Pyrrhus ma couronne dépende.^ Je n'aurai donc vaincu que pour être soumis , Et que pour voir sur moi rogner mes ennemis ; Que pour voir un hymen qui dépouille ma fille Comme une grâce eucor qu'on lait à ma iamille? Le sort , en remettant la victoire en nos mains , Nous a fait concevoir de plus nobles desseins.
Oui , vous avez \aincu ; mais 1 honneur et la gloire Ne suivent pâs toujours le char de la victoire. Il en est qu'on ne doit imputer qu'au hasard : La vôtre est de ce rang ; le sort vous en fit part. Et l'arracha des mains d'un ennemi terrible, Dont vous n'aviez pas cru la delaite possible. Si mon sang répandu vous a fait triompher. Ce n'est pas vous du moins qui le fîtes couler. Le sort a mes pareils peut garder un outrage ; Mais l'on n'obtient sur eux de parfait avantage Qu'on ne les ait privés de la clarté du jour, Ou Ion n'en peut trop craindre un funeste retour. Seigneur, je vous ai dit que j'aimois la princesse; Ses charmes peuvent seuls égaler ma tendresse :
Mais je n'ai désiré que sou cœur et sa main.
Ma valeur peut lui taire un assez haut destin ,
Sans que j'aille à Pyrrhus ravir un diadème
Qui déshonoreroit votre fille elle-même.
Pour vous, qui vous osez déclarer mon vainqueur,
Montrez des sentiments dignes de tant d'honneur.
NÉorTOI>ÊME.
Je vois bien qu'il est temps que je me fasse entendre, Et que vous sachiez, vous, ce que j'ose prétendre. Je ne sais de quel prix Ericie est pour vous ; Mais , si de l'obtenir votre amour est jaloux , Si sa main est un bien qui vous semble si rare, Il faut qu'à me servir votre cœur se prépare. Je demande Pyrrhus ; ma fille est à ce prix : Tout autre n'est pour moi que refus ou mépris. Voilà ce que de vous exige ma vengeance. Tous, qui sur Glaucias avez tant de puissance. Portez-le dès ce jour à remplir mes souhaits. Ou déterminez- vous à ne nous voir jamais.
HÉ L É NU s.
Vous-même eussiez en vain tenté cette entrevue, Sans les soins d'Ericie, à qui seule elle est due : Mais sur cet entretien si l'on m'eût pressenti , Un mépris éternel m'en auroit garanti.
Barbare, voilà donc le fruit de votre estime ! Un hymen, qui pour dot m'apporteroit un crime! Dès qu'il faut s'allier à vous par un forfait, Gardez à Cassander ce funeste bienfait.
Et ne vous vantez plus d'être du sang d'Achille. Ce sang, qui fut toujours en héros si fertile, Ne pourroit inspirer des sentiments si bas : Vous en êtes souillé, mais a^ous n'en sortez pas. Si je pouvois penser que la jeune Ericie Eût reçu vos penchants de vous avec la vie. Ce pe seroit pour moi qu'un objet plein d'horreur. Cruel , si vous voulez lui conserver mon cœur.