‹ Œuvres de CrébillonChapitre 366 sur 502 · HÉLÉNUS · texte numérisé non relu

HÉLÉNUS

Seigneur, de ce discours que faut-il que je pense ? Sur quoi le prince ici vante-t-iî son silence.^

Ah, mon fils ! ce secret ne regarde que moi : Mais il a d'un seul mot glacé mon cœur d'effroi. Hélas ! que de son sort mon ame est arttendrie 1

Pyrrhus, que de vertus ma foi te sacrifie !

H ÉLÉ N us.

Le prince va , dit-il , se perdre pour Pyrrhus , Et c'est lui cependant, sous le nom d'Illyrus, Si j'en crois les soupçons du tyran de l'iîpire. Seigneur, de ce secret vous pouvez seul m'instruire. ]Mon respect m "a forcé de cacher jusqu'ici Les désirs que j'avois de m'en voir éclairci ; Mais s'il a triomphé de mon impatience, Je rougis à la lin de votre défiance.

Si jamais votre cœur fut sensible pour moi , Si mon amour pour vous a signalé ma foi. Si j'ai pu m'illustrer en marchant sur vos traces, Et par quelques exploits su mériter des grâces , Du sang que j'ai perdu je n'exige qu'un prix. Est-il vrai qu'Iilyrus ne soit point votre fils?

GI. A u Cl A s.

Je ne suispoint surpris qu'un lâche cœursoupçonne Qu'Iilyrus soit Pyrrhus, dès que je l'abandonne: Mais vous,,jusqu'à ce jour élevé dans mon soin , Vous , à qui des vertus j'aplanis le chemin , Que j'instruisis d'exemple, anrie/.-vous osé croire Que d'une lâcheté j'eusse souillé ma gloire .'' Non, mon cher Héléiius, ce lils abandonné N'en est pas moins celui que les dieux m'ont donné; Et plut au sort cruel qu'il eut un autre père !

Vous n'éclaircissez pas , seigneur, tout le mystère.

Prince, c'est rrop vouloir pénétrer un secret; Offrez à ma douleur un zèle plus discret, Et n'en exigez pas plus que je n'en veux dire.

C'en est assez pour moi , seigneur, je me retire, Satisfait qu'Iilyrus soit toujours votre fils; Et je vais de ce pas trouver ses ennemis.

Page 1