‹ Œuvres de CrébillonChapitre 373 sur 502 · ACTE IV, SCEI^TE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEI^TE IV

Mais ce ne sera point par un traité honteux ; ?,Ia vertu n'admet point de si lâche injustice. Et mon cœur vous devoit un antre sacrifice : Trop heureux si ce cœur, facile à s'enflammer , Au gré de mon devoir Tavoit pu consommer ! Mais dans l'état cruel oii mo.i malheur me laisse On neut me pardonner un instant de foiblesse ; Et vous m'avez offert des soins si généreux, Qu'ils .l'ont fait oublier qui nous étions tous deux. Votre père m'attend : adieu, belle Ericie. .l'ai voulu vous revoir; mais mon ame attendrie Ne pourroit soutenir vos pleurs près de couler, Et qu'un fatal instant va bientôt redoubler.

t RI CI E.

Ah ; seigneur, arrêtez ; et , si je vous suis chère , Daignez de vos adieux m'expliquer le mystère. .Te sens un froid mortel qui me glace le cœur ; Et la mort n'a jamais causé plus de frayeur. Hélas ! au trouble afireux dont mon ame est saisie Puis-je encor souhaiter de me voir éclaircie? Vous allez , dites-vous , livrer un malheureux Sans cesser d'être grand ni d'être généreux : Ah ! je vous reronnois à cet effort suprême ; Justes dieux! c'est Pyrrhus qui se livre lui-même.

Oui , madame, c'est lui; c'est ainsi qu'Hélénus Pouvoit du moins livrer l'infortuné Pyrrhus, Qui sous ce triste nom ne craint plus de paroitre Dès qu'à de nobles traits on veut le reconnoitre.

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Dites plutôt, seigneur, qu'à ce cœur sans pitié , Dont je n'ai jamais pu fléchir l'inimitié, .7'aurois du reconnoitre une race ennemie Qui ne s'immole ici que pour m'oter la vie. Inhumain, consommez vos généreux projets ; De votre haine enfin voilà les derniers traits.

Quel ennemi , graiids dieux , offrez-vons à la mienne ! Quel dessein veuez-vous d'inspii-er à la sienne ! Ali ! si c'est à ce prix que vous donnez la paix , Eaibare, faites-Jious la guerre pour jamais. Vous ne démentez point le sang qui vous fît naître ; Ingrat, vous ne pouviez mieux vous faire counoître Que par un noij- projet qui n'est fait que pour vous : Je rcconnois Pyrrhus à ces funestes coups ; Quand par des soins trompeurs il a séduit ir . ii ame , Des plus cruels refus je vois payer ma flamme; Et quand je crois jouir d un destin plus heureux, Te retrouve Pyrrhus dans l'objet de mes vœux. Qui vous a dévoilé, seigneur, votre naissance.^ Olaucias n'a-t-il plus ni vertu ni prudence.'' I)evoit-il un moment douter de vos desseins, Et méconnoître en vous le plus grand des humains? Il faut pour mon malheur que le roi dillyrie Vous ait moins estimé que ne fait Ericie. Cruel, songez da moins, ea courant à la mort, Qu'un amour malheureux me garde un même sort. Ne croyez point eu moi trouver IVéoptolème. Vous ne voyez que trop à quel point je vous aime.

Ah! voilà les transports que j aurois dû prévoir, Si Tamour m'eut laissé maître de mon devoir. J'ai voulu consa-crer à l'objet que j adore Quelques tristes moments qui me restoient encore: Je bravois le trépas ; mais je sens à vos pleurs Qu'il a pour les amants son trouble et ses horreurs. TNe m'offrez-vous les soins d'une ardeur mutuelle Que pour me rendre encor ma perte plus cruelle.-' Quel bien à notre amour peut s'offrir désormais ? Un parricide affreux nous sépare à jamais. Songez, si je ne meurs, qu'il faut que je punisse ; Qu'un coupable avecmoi a'estpas loin du supplice : Songez enfin , madame , ù ce que je me doi ,

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