‹ Œuvres de CrébillonChapitre 372 sur 502 · ACTE I T , S C E >^ E III · texte numérisé non relu

ACTE I T , S C E >^ E III

Cherchons au dcssiis d'eux uae gloire nouvelle Plus digne des traDîports que jeus toujours pour

elle ; Heureux si mon de\oir pouvoil les redoubler A l'aspect d'un objet qui jjeut seul les troubler!

PYRRHUS, ËRICIE.

É RICIE.

Je sors en ce moment d'avec le roi d'Epire : En croirai-je, seigneur, ce qu'il vient de me dire? Est-ce bien Kéléuus qui nous donne une pais , Qu'on croit même devoir à mes foibles attraits? Mais , loin de rappeler le souvenir funeste D irn sacrifice afjreux que ma vertu déteste, •le ne veux m'occuper que du soin généreux Uc pleurer avec vous un prince malheureux. Que n ai-je point tenté près de xS éoptolème .^ ,}'ai regardé Pyrrhus comme un autre vous-même. ÎNon, Thorreur de son sort n'égalera jamais Mes regrets de l'avoir défendu sans succès, .ie sais trop à quel point Pyrrhus vous intéresse Pour ne point partager la douleur qui vous presse ; Jugez combien mon cœur s'est senti pénétrer De vous voir désormais réduit à le livrer. Etplùt aux dieux, seigneur, pour comble d injustice, Qu'on ne m'imputât point ce cruel sacrifice, Et qu'au bien de la paix l'amour trop indulgent N eût point pris sur lui-même un si triste présent I Hélénus eût moins fait pour désarmer ma haine, S il savoit qu'un remords e^ triomphe sans peine. Mais quoi I vous rougissez, et ne repondez rien! Pourquoi me demander un secret entretien ?

Je rougis, il est vrai, d'un discours qui m'offense; El jamais mon courroux n'eut plus de violence : Puis -je voir sans frémir qu'avec un si beau feu Ce cœur où j'aspirois m'ait estimé si peu? Puis-je voir sans rougir de lionte et de colère Qu'Éricie ait de moi pensé comme son père , Et qu'elle ose imj)uter aiix transports d'Héléuus Le funeste présent qu'il vous fait de Pyrrhus? Je ne sais si 1 auîour peut nous rendre excusables ; Mais il ne doit jamais nous rendre méprisables : Le criine est toujours crime, et jamais la beauté N'a pu servir de voile a sa difformité. Peut-être que mon cœur , dans l'ardeur qui l'enflamme , Tout vertueux qu'il est, n'est point exempt de blâme; ÎVIais ce qu'à mon devoir je vais sacrifier Aux yeux de l'univers va me justifier.

Eterniser mon nom, expier ma tendresse, Et venger ma vertu d'un soupçon qui la blesse.

Seigneur, daignez calmer un si noble courroux : Je sais ce que je dois attendre ici de vous.

Dans un moment du moins vous pourrez le con-

noitre ; Et loin de me haïr, vous me plaindrez peut-être. Counoissez mieux, madame, un cœur où vous régnez, Et ne l'outragez point , si vous le dédaignez. Belle Éricie, enfin croyez que je vous aime ; Mais ne le croyez point comme ]\'éoptolème. Mon amour n'a jamais soumis à vos beaux yeux Qu'un cœur digne de vous, et peut-être des dieux, Qui ne sait point offrir pour sacrifice un crime Qui désbonoreroit l'autel et la victime. Je vais à son destin livrer un malheureux;

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