‹ Œuvres de CrébillonChapitre 378 sur 502 · ACTE V, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE II

Loin doffrir à Pyrrlius ane main seconrable, Lui-mèuie doit bientôt le livrer à mes coups ; Et ce spectacle affreux n'a pas besoin de vous. Sortez. Quoi ! vous pleurez ! qui fait couler vos

larmes?

D'où peut naître à la fois tant de trouble et d'alarmes ? Parlez ; c'est trop se taire, après ce que je voi : Avez-vous des secrets qui ne soient pas pour moi? ÉRiciE, se jetant aux genoux de Js éoptoléme. Non , seigneur : mais ce n'est qu'aux genoux de moa

père Que je puis ëclaircir ce funeste mystère. NÉoPTOLÊME, la relevant.

Ma fllle,en c§t état que me demaniez-vous? Et qui peut vous forcer d'embrasser mes genoux?" Que craignez-vous enfin d'un père qui vous aime?

ÉRICIE.

Ah, seigneur I pardonnez à ma douleur extrême. Je sais que vous m'aimez, et ce n'est pas pour moi Que je viens implorer les bontés de mon roi. Ne vous offensez point si les pleurs d'Lricie Osent d'un malkeureux vous demander la vie. L'infortuné Pyrrhus va vous être remis...

WÉOPTOLÉME.

Quoi ! c'est du plus cruel de tous mes ennemis Que vous osez, ma liiie , eiubrasser la déicuse î Et ne craignez- vous point vous-même ma vengeance .* D'où naissent pour Pyrrhus des sentiments si vains? Est-ce à vous que je dois compte de mes desseins, Tous que je dois sur eux ou consulter ou croire?

ÉRICIE.

Non; mais yoxxs, me devez compte de votre gîo'^; Elle est à moi , seigneur, autant qu'elle est à vous; Et ce qui la flétrit se partage entre nous. Si rien ne peut fléchir votre haine endurcie, Songez de quels malheurs elle sera suivie.

Go PYRRHUS.

Vons verrez contre vous armer tout limivere , Et Pyritiiïs chaque jour reuaître des enfers. Quoi ! pour faire oublier le meurtre d'Ae'acide , Vous méditez encore un double parricide ! Faudra-t-il vous compter au rang des assassins, Et vous voir devenir l'opprobre des humains, Lorsque vous en pouviez devenir le modèle, Si votre ambition eût été moins cruelle? Le ciel vous a comblé de ses dons précieux, Et vos vertus pouvoient vous égaler aux dieux ; La noblesse du sang, la valeur, la prudence ; En faudrd-t-il, seigneur, excepter la clémence? Malgré mille revers, vous avez, vu cent fois L'univers vons placer parmi ses plus giands rois ; Et (le tant de vertus le parfait assemblage Deviendroit d'un tyran l'inutile partage !

?rÉOPTOI.iME.

Ma fille , quels discours !

i RICI E.

.Te m'égare , seigneur ; Mais daignez pardonner ces transports à mon cœur. Mon respect a toujours égalé ma tendresse : Loin de me reprocher un discours qui vous blesse, A mes larmes, seigneur, laissez-vous attendrir. Ou du moins écoutez ce qu'on vient vous offrir, Glancias est tout prêt à vous cétler l'Epire ; Pour vous en assurer le légitime empire , Ce prince pour Pyrrhus vous demande ma main.

NÉOPTOLÊME.

Pour Pyrrhus! Glaucias croit m'éblouir en vain, .le ronnois mieux que lui le sang des Aeacides ; K V ne peut arrêter leurs vengeances perfides. Loin que cette union dut assurer mon sort . Votre hymen ne seroit que larrêt de ma mort. C'est mettre sous Pyrrhus ma couronne en tutele , Et nourrir entre nous une "uerre éternelle.

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