‹ Œuvres de CrébillonChapitre 382 sur 502 · ISMEN'E, GARDES · texte numérisé non relu

ISMEN'E, GARDES

GI.AUCIAS, entrant avec Ericie, Que vois-je? quel objet se présente à mes yeux? Hclénus désarmé devant Néoptolème !

TfÉOPTOLÈME.

Tu vois un ennemi qui se li^^re lui-même, •■ "^

Et qui, loin d'essayer de Héchir ma rigueur, Ose par sa fierté défier ma fureur, Qui me brave , me liait , me méprise , et m"offense.

CLAUCIAS.

De quoi va s'occuper ton injuste vengeance? Sout-ce les mouveraens qu'il te doit inspirer? Il se livre à tes coups ; que veux-tu?

NÉOPTOLÈM.E.

L'admirer.

Ne juge point de moi par ce que j'ai pu faire : Le mallieur rend souvent le crime nécessaire; Et le penchant des cœurs ne dépend non plus d'eux Qu'il en dépend de naître heureux ou malheureux. C'est dans le sang des rois que j'ai puisé la vie; Mais quand je serois né des monstres d'Hyrcanie, J'aurois été touché d'un trait si généreux. Pyrrhus, un même sang nous a formes tous deux; Mais les mêmes vertus n'ont point fait mon partage. Si j ai troublé des jours que t'envioit ma rage, .Te te laisse anjour^d'hui maître absolu des miens. Et je prodiguerois tout mon sang pour les tiens. Je t'ai ravi le sceptre, et je te l'abandonne. T n ami tel que toi vaut mieux qu'une coaronue; Et je préférerois à l'éclat de mon rang

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L'honneur d'être avoué pour prince de ton sang.

Si j'osois me flatter, malgré la mort d'un père, Qu'un repentir si grand lut durable et sincère...

néoptolême.

C'est à vous que je dois ce retour vertueux, Qui me rend à moi-même, à mon prince, à mes

dieux.

Seigneur, je n'ose encor prétendre à votre estime : Un bien si glorieux n'est pas le prix d'un crime. Trop heureux que Pyrrhus ne m'en punisse pas, Et veuille de ma main recevoir ses états !

A ce noble retour je sens que ma justice, Malgré la voix du sang, doit plus d'un sacrifice. Puisqu'un remords suffit pour appaiser les dieux, Les rois ne doivent pas en exiger plus qu'eux. Dès qu'il leur plait ainsi, jouissez de la vie; Moi, je vous rends le sceptre en faveur d'Ericie,

NÉoPTor. ÈME, lui présente Ericie.

Daignez donc accepter ce gage de ma foi , Seigneur; c'est le seul bien qui soit encore à moi.

( à lllyrns. ) Prince, sur cet hymen je n'ai rien à vous dire ; Votre cœur est trop grand pour ne point y souscrire.

(à Glandas. ) Et vous, digne mortel, dont les dieux firent choix Pour être le vengeur et l'exemple des rois. Généreux Glaucias, à qui je dois la gloire De pouvoir effacer l'action la plus noire , Recevez votre fils pour prix d'un si grand bien ; Et vous, mon cher Pyrrhus , daignez être le mien,

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