‹ Œuvres de CrébillonChapitre 384 sur 502 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

s C E rs E I.

CATILINA, LE>"TULUS.

V> E S S E de t' effrayer du sort qui me menace : Plus j'y vois de périls, plus je me sens d'audace; Et l'approche du coup qui vous fait tous trembler, Loin de la ralentir, sert à la redoubler. Crois-moi , sois sau5 détour pour un ami qui l'aime. Dans le foud de ton cœur je lis mieux que toi-mcme , Lentuluâ : et le mien ne peut voir sans pitié Ce qu'un ambitieux coûte à ton amitié.

Ce tyran des Romains, l'amour de la patrie. Te trompe , et se déguise en frayeur pour ma vie. Est-ce à moi d abuser du penchant malheureux Qui te fait une loi de tout ce que je veux? Issu des Scipions, tu crains qu'à ta mémoire On ne refuse un jour place dans leur histoire ; Et le rang de préteur, qui te lie au sénat, Trouble en un conjuré le cœur du magistrat. Tu crains pour Kome enfin; voilà ce qui t'arrête, Quand tu ne crois ici craindre que pour ma tète. "Va, de trop de remords je te vois combattu, Pour te ravif- Ihonneor d'un retour de vertu.

78 GATILINA.

t E NTU LU s.

Catilina , laissons un discours qui m'offense ;

Tes soupçons sont toujours trop près de ta prudence.

A force de vouloir approfondir un cœnr,

Un faux jour a souvent produit plus d'une erreur;

Ta les plus éclairés ont peine à s'en défendre :

Mais un chef de parti ne doit point s'y méprendre.

D'entre les conjurés distingue tes amis,

Et qu'un discours sans fard leursoit du moins permis.

De toutes les grandeurs qui feront ton partage

.Te ne t'ai demandé que ce seul avantage ;

Laisse -m'en donc jouir: mon amitié pour toi

N'a que trop signalé sa constance et sa foi.

Dis -moi, si ta fierté jusque-là peut descendre,

De tant d'excès affreux ce que tu peux prétendre.

Pourquoi faire égorger Nonius cette nuit.''

Et de ce meurtre enfin quel peut être le fruit.'

C i.TI LI N A.

Celui d'épouvanter le premier téméraire

Qui , de mes volontés secret dépositaire ,

Osera comme lui balancer un moment,

Et s'exposer aux traits de mon ressentiment.

Leutulus dans le fond doit assez me connoitre

Pour croire que je n'ai sacrifié qu'un traître ;

Et que ces cruautés, qui lui font tant d'horreur,

Sont de ma politique, et non pas de mon cœur.

Ce qui semble forfait dans un homme ordinaire,

En un chef de parti prend un aspect contraire ;

Ycrtueux ou méchant au gré de son projet

Il doit tout rapporter à cet unique objet :

< )u'il soit cru fourbe , ingrat , parjure, impitoyable,

Il sera toujours grand s'il est impénétrable.

S'il est prompt à plier, ainsi qu'à tout oser,

Et qu'aux yeux du public il sache en imposer.

Il doit se conformer aux mœurs de ses complices ,

Porter jusqu'à l'excès les vertus et les vices ,

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