‹ Œuvres de CrébillonChapitre 385 sur 502 · A.CTE I, SCENE I · texte numérisé non relu

A.CTE I, SCENE I

Laisser de son renom le soin à ses succès. Tel on déteste avant que l'on adore après. Je ne vois sous mes lois qu'un parti redoutable, A qui je dois me rendre ennor plus formidable : S'il ne se fût rempli que d'hommes vertueux, Je n'aurois pas de peine à l'être encor plus qu'eux. Hors Cétliégus et toi, dignes de mon estime, Le reste est un amas élevé dans le crime , Qu'on ne peut contenir sans les faire trembler. Et qui n'aiment qu'autant qu'on sait leur ressembler. Un chef autorisé dune juste puissance Soumet tout d un coup-d'œil à sou obéissance ; Mais , dès qu'il est armé pour troubler un état , Il trouve un compagnon dans le moindre soldat ; Et l'art de le soumettre exige un art suprême, Plus difficile encor que la victoire même,

L E >■ TU L U s.

Songe à les subjuguer sans te rendre odieux. Mais avant que le jour nous surprenne en ces lieux Au temple de Tellus dis-moi ce qui t'appelle j Son grand-prctre Probus te sera-t-il fidèle? Quoique rien en ce lieu ne b-orne son pouvoir, Je ne sais si Probus remplira notre espoir. Il est vrai qu'à ses soins nous devons cet asile. Dont il nous rend l'accès aussi sur que facile ; Mais au nouveau consul le grand-prètre est lié Par l'intérêt , le sang , l'orgueil , ou l'amitié. Lorsqu'à des conjurés ses pareils s'associent. C'est par des trahisons que tous se justifient. Aujourd'hui le sénat doit s'assembler ici; Ce n'est pas cependant mon plus cruel souci : Je crains, je l'avouerai, les fureurs de Fulvie, Et je crains encor plus ton amour pour Tullie, Fille d'un ennemi dangereux et jaloux, De Cicéron enfin, l'objet de ton courroux.

«o CATILINA.

Eb I comment, dans un cœur qu'un si grand soin

entraîne, Peux-tu concilier tant d'amour et de haine? L'amour pour tes pareils auroit-il des appas?

CATILIIfA.

An! si je le ressens, je n'y succombe pas. Qu'un grand cotur soit épris d'une amoureuse

flamme.

C'est ronvrage des sens, non le foible de l'ame; Mais des que par la gloire il peut être excité, O-'tte ardeur n"a sur lui qu'un pouvoir limité : C'est ainsi que le mien est épris de Tullie j Ses grâces, sa beauté, sa iiere modestie. Tout m'en plaît , Lentulus ; mais cette passion Est moius amour en moi qu'excès d'ambition. Malgré tous les objets dont son orgueil se pare, Tullie est ce que Rome eut jamais de plus rare j Je vois à son aspect tout un peuple enchanté, Lt c'est de tant d'attraits le seul qui m'ait tenté. Sans la foule des coeurs qui s'empressent pour elte Tullie à mes regards n'eût point paru si belle; Mais je n'ai pu souffrir que quelque audacieux Vint m'enlever un bien qu'on croit si précieux. Eufiii je l'ai conquis; et sans cette victoire •le croirois aujourd'hui que tout manque à ma gloire. Ce n'est pas que l'amour en soit le seul objet ; Loin que de me» desseins il suspende Teffet, Cette riamme , où tu crois que tout mon cteur

s'applique.

Est un fruit de ma haine et de ma politique : Si je rends Cicéron favorable à mes feux, Rien ne peut désormais s'opposer à mes vœux j Je tiendrai sous mes lois et la fille et le père, Et j'y verrai bientôt la république entière. Je sais que ce consul me hait au fond du cœur, Sans oser d'un refus insulter ma faveur;

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