ACTE I, SCENE I. 8i
Il craint en moi le peuple, et garde le silence : Mais, tandis qu'entre nous Rome tient la balance^ J*ai cru devoir toujours poursuivre avec éclat Un hymen qui le perd dans l'esprit du sénat. Au temple de ïellus voilà ce qui m'appelle. Probus, qu'à Cicéron je veux rendre infidèle. M'y sert à ménager des traités c*iptieux, Où sans rien terminer je les trompe tous deux. Mais, loin de confier nos desseins au grand-prêtre, De ses propres secrets je suis déjà le maitre. J'ai flatté son orgueil par le pontificat ; J'ai parlé pour lui seul en public , au sénat , Tandis que pour César, aidé de Sei-vilie, J'engageois Cicéron, trompé par Césonie.
Enfin Probus sait trop que s'il m'osoit traliir Il ne me faut qu'un mot pour le faire périr ; Même ici par ses soins je dois revoir TuUie, Ne crains point cependant le courroux de Fulvie ; Son coeur fut trop à moi pour en redouter rien.
Elle a trop pénétré l'artifice du tien Pour ne se point venger de tant de perfidie : Elle est femme, jalouse, imprudente, hardie; Elle sait tout; bientôt nous serons découverts , Et je n'entrevois plus que de tristes revers. Que faisons-nous dans Rome ? et sur quelle espérance J?armi tant d'ennemis avoir tant d'assurance? Contre César et toi les clameurs de Caton Ne cessent d'irriter Antoine et Cicéron : Ces deux consuls, tous deux amis de la patrie, Brûlant de cet amour que tu nommes manie. Peut-être trop instruits de nos desseins secrets Préviendront d'un seul coup ta haine et tes projets. Déjà de toutes parts je vois grossir l'orage : Crassas devient suspect ; t'en faut-il davantage ?
82 CATILINÀ.
Et tu n'ignores pas que depuis plus d'un jour Les lettres de Pompée annouceat son retour ; , Que Pétréius, suivi de nombreuses cohortes, Bientôt de Rome même occupera les portes. César , dont le génie égale le grand cœur, T'accuse d'imprudence et de trop de lenteur.
Oui, je sais que César désire ma retraite,
Pour briguer au sénat l'honneur de ma déf/tite,
Pour voir nos légions marcher sous ses drapeaux,
Et pour profiter seul du fruit de mes travaux :
Mais, si le sort répond à l'espoir qui m'anime,
Je ferai de César ma première victime :
Il est trop jeune encor pour me donner la loi.
Et je n'en veux ici recevoir que de moi.
Qu'ai-j e ù craindre dans Rome , où le peuple m'adoref
Où je veux immoler ce sénat que j'abhorre? <
Le péril est égal ainsi que la fureur ;
Et j'ai de plus sur eux ma gloire et ma valeur.
L'exemple de Sylla n'a que trop fait counoître
Combien il est aisé de leur donner un maître;
Et ce Pompée enfin, si fameux aujourd'hui.
Tremblera devant moi comme il fit devant lui.
Manlius, avec nous toujours d'intelugence.
Aussi prompt que toi-même à sei^vir ma vengeance ^
Avec sa légion doit joindre Célius ,
Et Céson avec lui rejoindre Manlius.
Sunnou, des fiers Gaulois le ministre fidèle,
Qui les voit menacés d'une guerre nouvelle.
Habile à profiter de celle des Romains,
Doit de tout son pouvoir appuyer nos desseins.
Cessé de ra'opposer une crainte irivole;
Dès demain je serai maître du capitole:
C'est du haut de ces lieux que tenant Rome auxfers ,
Je veux avec les dieux partager l'univers.
Kome, je u'ai que trop fléchi sous ta puissance;