‹ Œuvres de CrébillonChapitre 398 sur 502 · F C L VI · texte numérisé non relu

F C L VI

IN 'abuse?, point, Probus, de l'état où je suis. Je rous perdrai : du moins songez que je le puis. Vons croyez, à 1 abri de votre caractère, Pouvoir impunémeni délier lua colère, Et que mon cœur, tremblant à l'aspect de ce lien ,. Va mettre au même raug le ministre et le dieu : Et quel ministre encor ! un sacrilège, un traître , Qui, de Catilina devenu le grand-prètre. DesTarquins sur son front veut ceindre le bandeau^ Et du sang des Romains nourrir ce dieu nouveau ; Làclie, qui se dévoue aux amours de Tullie, Qui, de ses propres dieux profanateur impie, Prête leur sanctuaire à des feux criminels , Déshonore le prêtre, et souille les sntels.

Cédez moins au torrent de votre jalousie ; Et loin de m'offenser écoutez-moi , Fulvie : Considérez l'abyrae où va vous engager Une folle habitude à ne rien ménager.

Vous croyez vous venger, vous vous perdez voils-

m.ême.

Et de plus un amant qui peut-être vous aime> Le dépit n'a jamais satisfait ses transports

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Qu'il n'ait livré notre arae à d'éternels remords : L'amour le mieux -vengé, quelle que soit l'offense, Est souvent le premier à pleurer sa vengeance ; On punit l'inconstant, mais on perd en un jour L'objet de sa tendresse et l'espoir d'un retour. Enfin que savez-vous si l'on aime Tullie? A travers les fureurs dont votre ame est saisie Croyez-vous que l'amour éclaire assez vos yeux Pour percer les replis d'un cœur ambitieux? Vous savez les projets que votre amant médite : En pénétrez-vous bien le détail et la suite? Un homme tel que lui doit-il à découvert Se montrer sans prudence au grand jour qui le perd ? Peut-il porter trop loin l'artifice et la feinte? INon, il faut que son cœur ne soit qu'un labyrinthe. Que l'amour même en vain y cherche des secrets Que pour lui la raison et l'honneur n'ont point faits. L'usage qu'aujourd'hui vous avez osé faire Des secrets dont l'amour vous fit dépositaire Ne vous prouve que trop, malgré votre dépit. Pour peu qu'il ait parlé, qu'il n'en a que trop dit. L'impétueux Caton murmure, tonne, éclate. Trouble tout pour servir un consul qui le flatte: Devenu du sénat et l'idole et l'espoir, Cicéron est armé du souverain pouvoir : Le sénat, qui sur lui redoute une entreprise, Pour mettre sou héros à couvert de surprise. De l'ordre équestre entier le fait accompagner; Puisqu'on ne peut le perdre, il faut donc le gagner; Pour le faire périr il faut la force ouverte ; Mais ce seroit sans fruit travailler à sa perte. Un hymen prétendu peut calmer ses frayeurs , Et cet hymen devient l'objet de vos fureurs! Plus de raison alors; et la fiere Fulvie Expose un nom célèbre au mépris de Tullie, Se couvre sans rc^gir d'un vil déguisement !

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