‹ Œuvres de CrébillonChapitre 402 sur 502 · ACTE II, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE II

Pour qui vonlois-je ici conquérir un empire ? Est-ce pour Cicéron, l'objet de mon courroux , Lui que je voudrois vuir expirer sous mes coups? Non ; c'est pour une iugr^te à qui je sacrifie Ma gloire, mon devoir, et le soin de ma vie.

Poarsuis, Catiliaa : le reproche sied bien

A des cœurs innocents et purs comme le tien;

Mais dans l'art de tromper, ta scicuce suprême,

Tu m'en as trop appris pour me tromper moi-même.

Va, cesse d'éclater sur mon déguiseroenî;

Tout , jusqu'à ton courroux , est laux en ce moment.

Égorge Cicéron aux yeux de sa famille,

Je ne t'en croirai pas moins epris de sa fille.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que tu sais allier

La vertu, les foriaits, l'amant, le meui-trier;

Et Tullie à tes yeux fùt-eile encor plus chère,

Pcien ne garantiroit la tête de son père.

Mais de quoi t^ piains-tu.^ quel est mon attentat?

Est-ce moi qui prétends t'accuser au sénat ?

De l'espoir d'être à toi ma tendresse enivrée

A tes lâches complots ne m'a que trop livrée.

Songe que tu me dois et César et Crassus ^*

Les enfants de Sy41a, Cépion, Lentuius.

Cruel ! j'aurois voulu que tout ce qui respire

Eût été comme moi soumis à ton cnip;re ;

Mais tandis que pour toi je sédu^so^s les cœurs.

Tu préparois au mien le comble des horreurs ;

Et le tien, trop épris des charmes de Tullie,

A bientôt oublié ce qu'il doit à fuivie.

Cependant qui de nous s'arme ici conîre toi?

C'est elle qui te perd, ingrat; ce n'est pas moi.

Il est vrai qu'en son cœur j'ai voulu te detiuire;

Mais c'est là seulement qu'attachée à te nuire.

Contente de pouvoir vous desunir tous deux.

Je n'ai rien oublié pour te rendre odieux,

CRLr.ILLO^. 3. 9 '

Eh ! pouvoîs-je prévoir que l'honneur chimérique

De sauver les débris d'un nom de république

Porteroit une amante à perdre son amant?

Mais pour t'en garantir je ne veux qu'un moment •

Abandonne à mon cœur le soiu de ta défense :

Je ne sais s'il te doit ou tendresse ou vengeance ;

Je ne veux sur ce point nul éclaircissement

Qui puisse triompher d'un plus donx raouA''ement :

Mais par un désaveu souî'fre que j'humilie

A l'aspect du sénat l'orgueilleuse Tullie;

Son cœur est désormais indigne de ta foi.

C AT J T. I ?r A.

Tullie eu me perdant se rend digne de moi ;

Et vous, qui prétendez me sauver par un crime,

Vous ne méritez plus mes vœux ni mon estime.

C'est au sénat qu'il faut m'accuser aujourd'hui ;

Je ne redoute rien ni de vous , ni de lui.

Si jamais vous osiez y démentir Tullie,

Un affront si sanglant vous coûtcroit la vie :

Ainsi déclarez tout ; c'est l'unique moyen

De regagner un cœur qui ne vous doit plus rien.

Vos fureurs n'ont que trop épuisé ma constance.

CATILmA, FULVIE, PROBUS, i.es licteurs.

CATII.INA.

Mais je vois les licteurs, «t le consul s'avance j Éloignez-vous d'ici.

F tir. VIF.

Tu me braves , ingrat.

Adieu : tu me verras ce jour même au aéngr^ { Mile sort.)

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