ACTE II, SCENE V. lox
Cependant le sénat, peu certain de ma foi. Daigne malgré ces bruits m'honoier d'un emploi ; Le farouche Caton, devenu plus ilexible. D'aucun soupçon encor ne paroit susceptible ; Et Cicéron ne vient armé que de bienfaits , Lorsqu'il peut par la foudre arrêter mes paojets. Mais d'un consul jaloux la politique habile Devroit mieux me cacher que c'est lui qui m'exile , Et ne point abuser de la crédulité D'un sénat trop jaloux de son autorité : Car enfin tous ces bruits, enfants de sa foîblesse, ^'ont d'autres fondements qu'un soupçon qui vous blesse.
'N'est-ce rien selon v^us que d'être soupçonné? A votre ambition sans cesse abandonné , .Vous causez tant de trouble et tant d'inquiétude, Que le moindre soupçon tient lieu de certitude : Dès qu'on ose alarmer le pouvoir souverain On est toujours suspect d'un coupable dessein ; Peut-on troj) sur ce point rassurer la patrie? Acceptez-vous l'emploi que Rome vous confie? C'est pour m'en éciaircir que je viens vous trouver.
J'entends ; c'est sur ce j)oini que l'on veut m'éprou-
ver:
Si j'accepte l'emploi, c'est à tort qu'on maccusc ; Et je suis criminel dès que Je le refuse. Mais, malgré l'appareil d'un frivole discours, Je perce en ce moment à travers vos détours : L'intérêt des llomains n'est pas ce qui vous guide ; C'est le seul mouvement d'une haine perfide. Que le fiel de Caton sut toujours enflammer. Et que mes soins en vain ont tenté de calmer i J'ai fait plus ; j'ai brigué jusqu'à votre allianCT • Et lorsque Koine attend avec impatience
lOi CATILINA.
t'n hymen qui pourroil rassurer les cs}>rits , Vous osez le premier signaler des mépris ! Et depuis quand ^ seiffneur, l'intérêt de ma gloire Vous fait-il craindre un bruit que Catou n'ose croire ; Qnaiid ce même Caton , citoyen l'nrifux, Répand seul contre moi ces bruits injurieux , Que vous autorisez avec trop d'imprudence , Yous qui, de son orgueil nourrissant l'insolecre , Consacrez chaque jour ses transports insensés? .1 e vous connois tous deux mieux que vous ne pensez : Timide, soupçonneux, et prodigue de plaintes, Cicéron lit toujours laveuir dans ses craintes ; Et Caton, d'un génie ardent, mais limité. Ne connoit de vertu que la férocité ; Prompt à se Courroucer, enclin à contredire, La haine est le seul dieu qui le meut et l'inspire. Mais c'est perdre le temps en discours superflus, Et je reviens aux, soins qui vous touchent le plus. Alarmé d'un pouvoir dont la grandeur vous blesse, L'ardeur d'en triompher vous occupe sans cesse ; ^A comme il vous falloit le secours d'un emploi Pour éloigner de Rome un homme tel que moi , Vous m'avez fait nommer gouverneur de l'Asie , Bienfait que je tiendrois de votre jalousie ; Mais mon nom seul ici vous faisant tous trembler. Vous vous flattez qu'ailleurs vous pourrez m'acca-
bler :
Déjà par Manlius l'Italie occupée Va bientôt se remplir des troupes de Pompée , F.t ce fameux vainqueur de taut de nations Vous offre sou éj»ee avec ses légions.
Que d'inutiles soius dans le temps que Tuliie Pourroit à votre gré disposer de ma vie ! Car de ces noirs complots qui causent tant d'effroi Elle a dû déclarer que le chef c'étoit moi : Je ne présume pas qu à son devoir scocxise ,