ACTE lY, SCEXE II. ji
Il en est cependaul dont vous devez tout craindre. Que vous êtes aveugle , et que Rome est à plaindre ! Laissons là Maclius, consul peu vigilant, Tandis que Rome touche à son dernier instant , Qu'au plus affreux danger le sénat est en proie , Qu'on va faire de Rorae une seconde Troie ! Lorsque vous ne songez qu'à me faire périr. Ingrats , sur vos malheurs je me sens attendrir : Je sens en ce moment l'amour de la patrie Répandre dans mon cœur une nouvelle vie ; Et votre aveuglement me fait trop de pitié Pour vous sacrifier à mon inimitié.
CI c É RO N.
Eh bien 1 rompez, seigneur, un si cruel silence; Punissez en Romain l'ingrat qui vons offense : En faveur de vous-même osez tout oublier, Et sauvez le sénat pour nous humilier.
C ATI L I X A.
Je n'ai point attendu l'instant du sacrifice Pour servir ce sénat qui m'envoie au supplice ; Depuis huit jours entiers j'assemble mes amis. Les voilà ces complots que je me suis permis I Mais, malgré tous les soins d'une ame généreuse. Ils m'ont fait soupçonner d'une trame honteuse. Armez sans différer, prévenez l'attentat, Si vous voulez sauver la ville et le sénat. Celui qui hors des murs commande vos cohortes , Manlius, dès ce soir doit attaquer vos portes.
CI c É ROX.
Manlius I
C ATILI :t A.
Oui , consul; craignez qu'avant la nuit Aux dépens de vos jours on n'en soit trop instruit. Je vous ai déclaré le chef de l'entreprise ; Veillez, ou de sa part craignez quelque surp"i':?î ; Je n'ai pu découvrir le reste du parti.
lafi CATILIXA.
C'est à TOUS d"y penser; vous êtes averti.
Manlius vous trahit ; c'étoit pour vous défendre
Qu'en armes dans ces lieux j'étois venu me rendre,
Et non pour vous punir de m'avoir outragé ;
En combattant pour vous je suis assez vengé.
Vous pouvez désormais ou douter, ou me croire;
J'ai rempli mon devoir et satisfait ma gloire.
Mes amis sont tout prêts, vous pouvez les armer;
Leur qualité n"a rien qui vous doive alarmer,
Tous les cohnoisspz tous : songez au capitole,
Garnissez l'Aventin, les portes de Pouzole;
Il faut garder sur-tout le pont Sublicien ,
Le quartier de Caton, et veiller sur le mien;
("ar le plus grand effort de ce complot funeste
Éclatera sans doute aux portes de Préneste ,
Et mon palais y touclie ; on peut s'y soutenir ,
Du moins un long combat pourra s'y maintenir.
Tous paroJssez émus, et rougissez peut-être
D'avoir pu si long-temps me voir sans me connoître.
Après tant de mépris , après tant de refus ,
Tant d'affronts si sanglants, dont vous ê^es confus,
Aurois-je triomphé de votre défiance?
Non, j'en ai fait souvent la triste expérience.
On ne guérit jamais d'un violent soupçon ;
L'erreur qui le fit naître en nourrit le poison,
Et dans tout intérêt la vertu la plus pure
Peut être quelquefois suspecte d'imposture :
Mais pour calmer les cœurs je sais un sûr moyen,
Qui vous convaincra tous que je suis citoyen.
On connoît Cicéron, et sa vertu sublime
A su dans tous les temps lui gagner votre estime ; ,
Il eu est digne aussi par sa fidélité :
Caton vous est connu par sa sévérité ;
Cicéron ou Caton, l'un des deux, ne m'importe,
Je vais dès ce moment sans amis, sans escorte.
Me mettre en leur pouvoir : choisissez Tua des deux,