ACTE II,' SCENE III. i
De ce corps dont sans vons on perdroit la mémoire? En vain vous prétendez affranchir les Romains Dn joug quils imposoient au reste des humains : L'univers nous demande une forme nouvelle , Et Rome un empereur qui commande avec elle ; Trop heureux le» Romains si pour ce haut emploi Ils n'avoient désormais à redouter que moi 1 Mon collègue insolent vous fait assez connoître Que d'un emploi si noble il se rendroit le maître, Si vous pouviez souffrir qu'il osât s'en saisir; Mais vous me choisirez , si vous savez choisir. Le cruel triumvir demande votre tète; Son crédit l'obtiendra, si le mien ne l'arrête. Tn intérêt si cher doit nous concilier. Pour mieux détruire Antoine il faut nous allier. Vos vertus, vos malheurs, mon amour pour Tullie, ?.Ion honneur, tout m'engage à vous sauver la vie. Vous fûtes autrefois mon premier protecteur. Votre bouche long-temps s'ouvrit en ma faveur ; .le vous dois me» grandeurs, une amitié sincère. Aimez-moi , Cicéron , et devenea mon père.
CI c É RO N.
Abdique , je t'adopte , et ma fille est à toi , Pourvu qu'elle consente à te donner sa foi, <Ju'elle daigne accepter l'époux de Scribonie, Et qu'au sort d'un César elle veuille être unie: Je doute cependant qu'élevée en mon sein, tn tyran, quel qu'il soit, puisse obtenir sa main. Elle vient , tu pourras l'expliquer avec elle : Si tu l'aimes, tu dois la prendre pour modèle. IRentre dans ton devoir, sois Romain; à ce prix Tu deviendras bientôt son époux et mon fils : Mais si tu veux toujours tenir R.ome asservie, Tu peux quand tu voudras me livrer à Fulvie.
i66 LE TRIUMVIRAT.