ACTE Ii; SCENE IIi; i
Maïs, pour justifier un discours qui m'étonne, Et que mon amitié cependant vous pardonne , César, que vous venez de placer dans les cieux, Et que pour m'abaisser vous égalez aux dieux, En quels lieux, répondez, a-t-il perdu la vie? Fut-ce aux bords de la Seine, ou dans Alexandrie ? Est - ce aux champs de Pbarsale , où pour votre
bonheur La victoire à genoux couronnoit sa valeur? ÎSon, ce fut au sénat, et dans le sein de Kome, <^ue l'on osa trancher les jours de ce grand homme ; Et vous m'osez blâmer de répandre le sang De ceux dont la fureur lui déchira le flanc ! Quel autre ai-je proscrit? orateur téméraire ! .'le voudrois en pouvoir couvrir toute la terre : Quelque sang qu'à sa mort j'ose sacrifier, .le n'en connois aucun digne de l'expier. Du meurtre de César condamner la vengeance, C'est des plus noirs forfaits consacrer la Licence.
CI c É R o y.
Un meurtre , quel qu'en soit le prétexte ou l'objet , Pour les cœurs vertueux fut toujours un forfait; Mais les républicains ne se font pas un crime D'immoler un tyran même djgne d'estime : Ils ne regardent point leur tvran comme un roi Qu'élevé au-dessus d'eux la naissance ou la loi ; Et sans avoir pour lui les lois ni la naissance César osa des rois s'arroger la puissance. Non que des conjurés j'approuve la fureur ; .le déteste leur crime , encor plus son vengeur ; Car vous multijjliez à tel point les supplices , A Brutus vous cherchez tant de nouveaux complices , Qu'il semble que César renaisse chaque jour, Et que chacun de nous l'assassine à son tour. Contre un peuple à genoux armer la tyrannie. De i univers entier détruire l'harmonie ,
i64 LE TRIUMVIRAT.
Et de ses ennemis se défaire à son choix. Rendre le glaive seul l'interprète des lois. Employer pour venger le meurtre de son père Des flammes ou du fer l'odieux ministère , Donner à ses proscrits pour juges ses soldat»; Du neveu de César voilà les magistrats. Qui vous a confié l'autorité suprême ?
OCTAV E.
Jje besoin de létat, mon épée, et moi-même. Et de quel droit enfin osez-vous aujourd'hui Interroger César, et César votre appui.** Revenez d'une erreur qui vous seroit, fatale : Un homme tel que moi ne veut rien qui l'égale ; Dès que César n'est plus, et qu'il revit en moi, Qui d'entre les Romains doit me donner la loi ? Croyez-vous rétablir par votre politique D'un peuple et d'un sénat l'unioii chimérique? Ce n'étoit qu'un vain nom dès le temps de Sylla, Qui s'est évanoui depuis Catilina, Si de nos Scipions les jours pouvoient renaître; Ce n'est que sous moi seul qu'on les verroit paroitre ; Mais vous voyez assez qu'il n'est aucun espoir De remettre les lois dans leur premier pouvoir. Le glaive qui vous fit gagner tant de victoires , Et qui de nos exploits embellit tant d'histoires, Le glaive qui vous fit triompher tant de fois , Vous subjugue à son tour, et triomphe des lois. Dès qu'il faut obéir , le parti le plus sage Est de savoir se faire un heureux esclavage. La liberté n'est plus qu'un bien d'opinion; Le nom de république une autre illusion, Dont il faut rejeter l'orgueilleuse chimère, » Source de trop de maux pour vous être encor chère. Qu'espérez-vous enfin quand tout est renversé , Quand le sénat n'est plus qu'un troupeau dispersé?- Où sont vos légions pour soutenir la gloire