ACTE II, SCENE V
Qui venge ses chagrius sur un cœur qui vous aime. Plus il est malheureux, plus je m'attache à lui , Sur-tout depuis qu'il n'a que moi seul pour appui. C'est pour lui conserver et les biens et la vie Que jarme contre moi la cruelle Fulvie : Lorsque César enfin s'offre pour votre époux, Cicéron est encor plus injuste que vous.
Te vous croyois toujours l'époux de Scribonic;
Mais avec vos pareils malheur à qui s'allie !
A vous voir d un hymen nons imposer la loi
On croiroit que César peut disposer de moi ,
Et qu'au mépris des lois , au défaut du divorce ,
Il peut quand il voudra m'obtenir par la force ,
Et qu'enfin au-dessus d'un citoyen romain ,
Il veut de ses amours traiter en souverain.
Encor si vous aviez abdiqué la puissance.
Ou plutôt d'un tyran abdiqué l'arrosance,
V oaspomriez àvos vœux permettre quelque espoir.
OCTAVE
Si j'osois abdiquer le souverain pouvoir
(^uel rang pourrois-je offrir désormais à Tnllie?
TULLI F.
Le rang d'un citoyen père de la patrie ;
L)un Romain qui ne sait briguer d'autres honneurs
Que ceux dont la vertu couronne les grands cœurs.
OCTAVE
Prévenu comme vous des chimères romaines, Si de l'autorité jabandonnois les rênes Pour régler.jna fortune au gré de mon amour, Antoine voudra-t-il abdiquer à son tour ?
TULLI E,
Eh ! que peut m'importer que le cruel abdique Des que nous n'avons plus ni lois, ni république? Impérieux amant, qui me parlez en roi , Savez-vous que Bratus est moins Romain que moi ?
i68 LE TRIUMVIRAT.
Régnez, si vous l'osez; mais croyez que Tullie Saura bien se soustraire à votre tyrannie : Si du sort des tyrans vous bravez les hasards, Il naîtra des Brutus autant que des Césars.