O C T AV E
D'autres soins le devroient occuper aujourd'hui : Antoine , avec fureur soulevé contre lui . ?*le demande à grands cris le sang de votre père. Notre hymen peut sauver une tète si chère ; Quoique d'un triumvir tout soit à redouter, A peine sur ce point on daigne m' écouter : Le péril cependant redouble, et le temps presse; Au sort de Cicéron Rome qui s'intéresse, Sans doute avec plaisir verroit notre union Le terme spécieux de la proscription.
Devenez de la paix le lieu et le gage ; C'est l'unique moyen de dissiper l'orage. Je vois ce qui vous flatte en ce cruel instant, C'est le frivole honneur d'un refus éclatant : Mais ne présumez pas que je n e détermine A me priver du rang que le ciel me destine ; Si je m'en dépouillois, ce seroit me livrer Au premier assassin qui voudroit s'illustrer.
TULLIE
Après ce fier aveu, je crois, pour vous confondre, N'avoir à votre amour que deux mots à répond) e; Je ne vous aime point ; j'aimerois mieux la moi t Que de me voir un jour unie à voire sort ; Cependant si César veut déposer l'empire, A son fatal hymen je sais prête à souscrire ; Dût mon cœur indigné n'y consentir jamais , Je me sacrifierai pour le bien de la paix : Mais si vous usurpez l'autorité suprime , Vous pouvez de mon sang teindre le diadème ; Qne ne-peut ma mort seule en relever le prix,
CRÉBILI.ON. 3. ~ i5
I7D LE TRll^MVIRAT.
Et sauver de vos coups tant d'illustres proscrits !
OCTAVE
Ah! c'en est trop ; songez, orgueilleuse Tullie, Que c'est vous qui livrez votre père à l'ulvie.
TULLIE, seule.
Barbare, que mon cœur ne peut trop dédaigner. Nous saurons mieux mourir que tu ne sais régner. Dieux cruels, épuisez sur moi votre colère , Ou de son désespoir daignez sauver mon père ! O Romains ! que l'honneur de mériter ce nom Coûte cher si l'on veut imiter Cicéi-on ! Tout est perdu pour moi.
> SCENE VII