‹ Œuvres de CrébillonChapitre 462 sur 502 · ACTE III, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE I

Que parmi ces héros du iin>iiis j'aurois vécu. Pour braver mes tyrans je veux mourir dans Rome : Eu implorant ses dieux c'est moi seul qu'elle nomme; Je ne priAerai point de mes derniers soupirs Ce lieu qui fut Fobjet de mes premiers désirs. J'ai tant vécu pour moi , si peu pour ma patrie, Que je veux dans son sein du moins finir ma vie: Si je fuyois, César, qui me redoute encor, A ses projets bientôt donneroit plus d'essor.

SEXTCS.

Cessez de vous flatter d'une espérance vaine ; -^ César aime ïuUie , et craint peu votre haine. Dans ses murs malheureux Rome va succomber ; Croyez-vous qu'avec elle il soit beau de tomber, Lorsqu'en lui conservant un apii si fidèle, Nous pouvons espérer de renaître avec elle? N'avons-nous pas ailleurs des secours assurés, La Sicile, Brutus, Rhodes, les conjurés."*

CI c É R o N.

Qui? moi , mon fils, que j'aille, errant dansla Sicile, Allumer le flambeau d'une guerre civile?

s E XTU s.

Eh! comment pouvez-vous désormais l'éviter? Ce n'est pas vous d'ailleurs qui l'allez susciter. Il n'est point aujourd'hui de climat sur la terre Qui puisse être à l'abri des fureurs de la guerre ; Traversez l'univers de l'un à l'autre bout , Vous trouverez la guerre et des Romains par-tout ^ Enfants infortunés d'une ville déserte , Qui ne peut plus sentir vos soins, ni votre perte. Pourquoi vous obstiner à mourir dans ses murs? Donnons-lui des secours plus brillants et plus siir».. Croyez-vous qu'il sera pour vous plus honorable D' être aux yeux de César traîné comme un coupable ^ Pour servir de risée au soldat furieux , Qui fera peu de cas d'un nom si glorieux?

Rome n'est plus qu'un spectre , une ombre eu Italie , Dont le corps tout entier est passé dans l'Asie : C'est là que uotiehonneurnousappelie aujourd'hui; Rendons-nous à sa voix, et marchons avec lui. Ce n'est pas le climat qui lui donna la vie, C'est le cœur du Romain qui l'orme sa patrie. Qui doit s'intéresser à Rome plus que moi ?

(// montre la statue de Pompée rem^ersée.) Voyez ces monuments de douleur et d'effroi , Ces'marbres mutilés, dont le morne silence N'en demande pas moins de sang pour leur vengeance ; Il ne leur reste plus que le nom précieux D'un héros que l'on vit marcher égal aux dieux: Votre sort est écrit sous ce nom redoutable, A tout mortel fameux exemple formidable ; Et pour le prévenir vous n'avez qu'à vouloir. La honte suit toujours un lâche désespoir; Il vaut mieux se flatter d'un espoir téméraire , Que de céder au sort dès qu'il nous est contraire ; Il faut du moins mourir les armes à la main, Le seul genre de mort digne d'un vrai Romain ; Mais mourir pour mourir n'est qu'une folle ivresse, Triste enfant de l'orgueil , nourri par la paresse. Ranimez-vous , mon père , et soyez plus jaloux De la haute vertu que j'admirois eu vous.

CI c É R o w. >■

S'il est vrai que Sextus la respecte et l'admire. Qu'il règle donc ses soins sur ceux qu'elle m'inspire.

SEXTUS

C'est-à-dire, seigneur , qn« pour vous imiter

Il faut mourir ensemble, et ne nous point quitter.

Ah , Sextus I quoi ! c'est vous qui voulez que je fuie ! 3N^on, ne vous flattez pas que je passe en Asie, Ni que, des conjurés empruntant le secours ,

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